Ils se cachent dans les revêtements antiadhésifs des batteries de cuisine, dans les produits antitaches dont on enduit les tapis et les meubles, dans les cartons d’emballage alimentaire, dans certains plastiques recyclés et même dans des produits de plein air comme les vêtements techniques, les lubrifiants pour vélo et les farts de glisse pour skis de fond. Les composés perfluorés se retrouvent dans une foule d’objets de notre quotidien, ils se répandent dans l’environnement et ils s’accumulent dans les organismes vivants. À preuve, une étude menée par des chercheurs de l’Université Laval et de l’Université de Montréal révèle que, chez les adolescents de deux communautés de la nation Anishnabe de l’Abitibi-Témiscamingue, l’un de ces composés perfluorés, l’acide perfluorononanoïque (PFNA), atteint les plus hautes concentrations sanguines jamais rapportées chez des jeunes.

Les chercheurs ont fait ce constat en analysant des échantillons sanguins récoltés en 2015 auprès de 186 jeunes de 3 à 19 ans qui ont pris part au projet Jeunes, Environnement et Santé, mené avec la collaboration de quatre communautés anishnabe et innu. Les résultats de ces analyses, publiés dans la revue Environment International, indiquent que chez les 12 à 19 ans des deux communautés anishnabe, les concentrations de ce perfluoré sont trois fois plus élevées que celles rapportées chez des jeunes du même âge qui ont participé à une enquête pancanadienne. Les concentrations de PFNA étaient encore plus élevées dans le groupe des 6 à 11 ans.

Malgré tous les efforts déployés par les chercheurs, il n’a pas été possible de cerner la source de ce polluant dans les communautés. «L’alimentation traditionnelle et les habitudes de vie ne semblent pas en cause, précise Mélanie Lemire, professeure à la Faculté de médecine. Si nous avions mené la même étude dans les communautés allochtones de la région, nous aurions peut-être obtenu des résultats similaires. L’hypothèse que nous envisageons maintenant est que les PFNA sont présents dans des produits faits de plastique recyclé provenant d’Asie, où ces composés sont plus courants, et que ces produits se sont retrouvés dans les communautés étudiées. Il pourrait s’agir, par exemple, d’équipement de gymnase.»

La professeure Lemire et ses collaborateurs estiment qu’il est important de poursuivre les recherches afin de découvrir les sources de ces perfluorés et d’étudier les effets de ces contaminants sur la santé et le développement des jeunes. Les perfluorés sont des perturbateurs endocriniens. Les chercheurs plaident aussi en faveur de l’interdiction de tous les perfluorés à l’échelle internationale.

«C’est un défi de taille parce qu’il faut des années de négociations avant d’en arriver à interdire un seul produit. Pendant ce temps, de nouveaux composés perfluorés font leur apparition, constate la chercheuse. Mais il faut s’attaquer au problème sans tarder. Les perfluorés sont en hausse non seulement dans les régions nordiques, mais partout dans le monde. Ce que nous avons observé dans les deux communautés de notre projet peut se produire ailleurs.»

Les auteurs de l’étude parue dans Environment International sont Élyse Caron-Beaudoin, de l’Université de Montréal, Pierre Ayotte, Elhadji Anassour Laouan Sidi et Mélanie Lemire, de la Faculté de médecine, de l’Institut national de santé publique du Québec et du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, les communautés de quatre Premières Nations et Nancy Gros-Louis McHugh, de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador.