La collation des grades 2019 bat son plein. Les premières cérémonies ont eu lieu les 8 et 9 juin à l’amphithéâtre-gymnase Desjardins – Université Laval. Les autres se tiendront les 15 et 16 juin au même endroit. Cette année, huit personnalités provenant du Canada, des États-Unis et de France ont reçu ou se verront remettre un doctorat honorifique. Le doctorat honoris causa est la plus haute distinction décernée par l’Université Laval. Cette marque de reconnaissance exceptionnelle est octroyée à des personnes dont le rayonnement est jugé remarquable et exemplaire dans l’une des sphères d’activité de l’Université. Cette année, les récipiendaires se distinguent dans les domaines de l’administration des affaires et des sciences géographiques, en passant par la médecine dentaire, la philosophie, la psychologie, les sciences infirmières et le droit. Un doctorat d’université a également été décerné. Les personnalités honorées ont pour nom Jennie Carignan, Henri Dorion, Jocelyne Sheila Feine, Catherine Larrère, Margaret Norrie McCain, Janice Morse, Louise Otis et Bernard Voyer. Depuis 1864, l’Université Laval a décerné plus de 1200 doctorats honoris causa dans les domaines scientifique, artistique, économique, culturel, international et politique.

Jennie Carignan
Docteure honoris causa en administration des affaires

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Dans les Forces armées canadiennes, il n’est sans doute pas exagéré de dire que le nom de Jennie Carignan est connu de tous. Après tout, cette brigadier-général n’a-t-elle pas le mérite d’avoir été la première femme à commander une unité de combat dans l’histoire des Forces armées canadiennes? Cet officier de carrière commande aujourd’hui la 2e Division du Canada et de la Force opérationnelle interarmées (Est). Plus haute gradée militaire au Québec, Jennie Carignan dirige plus de 10 000 soldats. Pour elle, tout a commencé dans les années 1980. L’adolescente qu’elle était s’ennuyait quelque peu au cégep. «Je cherchais quelque chose avec un peu plus de défi, dit-elle, alors je me suis inscrite au Collège militaire royal du Canada.» Au cours de sa carrière, elle a notamment servi en Bosnie-Herzégovine, sur le plateau du Golan et en Afghanistan. En 2011, le Women’s Executive Network l’a nommée parmi les 100 femmes les plus influentes au Canada. Elle est reconnue pour sa capacité à résoudre les conflits complexes. Sa maîtrise en administration des affaires, obtenue à l’Université Laval, lui a été d’une grande utilité. «Mes études de maîtrise m’ont beaucoup aidée à tirer parti des situations chaotiques et à travailler dans l’incertitude, explique-t-elle. Elles m’ont aussi permis d’augmenter la vitesse de mon cycle décisionnel.»

Henri Dorion
Docteur honoris causa en sciences géographiques

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Durant ses 47 ans à l’Université Laval, le géographe Henri Dorion était reconnu comme un professeur dévoué, un chercheur innovateur et un administrateur entreprenant. Quelque 2 500 étudiantes et étudiants ont pu bénéficier de l’expertise de ce spécialiste de la géographie politique honoré en 2004 du prix Léon-Gérin, la plus haute distinction au Québec dans le domaine des sciences humaines et sociales. Un des faits saillants de la longue carrière d’Henri Dorion est sa présidence, durant six ans, de la Commission d’étude sur l’intégrité du territoire du Québec. Il a également présidé la Commission de toponymie du Québec. Sur le plan politique, il a notamment occupé la fonction de délégué général du Québec à Mexico. Sa passion des voyages remonte à l’enfance. «Jeune, raconte-t-il, j’avais eu la chance de voyager, ma mère étant européenne. Les pays étrangers m’ont dès lors fasciné.» Pour lui, enseigner consiste à «donner des clés pour aller plus loin que ce que le professeur enseigne». Aux diplômés à qui il s’adressera samedi, il dit: «N’hésitez donc pas, chers étudiants, à aller au-delà des cours de vos professeurs, en posant des questions, en proposant des points de vue différents, en mettant en comparaison et, pourquoi pas, en mettant en apparente contradiction ce qui émane d’autres disciplines.»

Jocelyne Sheila Feine
Docteure honoris causa en médecine dentaire

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Jocelyne Sheila Feine enseigne à la Faculté de médecine dentaire de l’Université McGill. Elle est reconnue comme chef de file dans les études cliniques visant l’amélioration de la qualité de vie en santé buccodentaire pour les patients édentés. Ses travaux de recherche en prosthodontie ont eu une forte incidence sur les avancées thérapeutiques dans le domaine des prothèses mandibulaires implanto-portées. «Ce qui m’a motivée comme chercheuse, dit-elle, a été mon intérêt dans le traitement des patients souffrant de douleur chronique, ce qu’on appelle les troubles temporo-mandibulaires.» Jocelyne Sheila Feine s’intéresse à la dentisterie depuis son enfance. «Ma mère, raconte-t-elle, était dentiste. Son bureau était situé en face de notre maison dans une petite ville de Pennsylvanie. Souvent, je parlais aux patients dans la salle d’attente. Souvent, je m’asseyais au pied de la chaise de dentiste et j’observais ma mère travailler.» Lorsqu’elle a appris qu’elle recevrait un doctorat honorifique de l’Université Laval, elle est restée sans voix. Elle dit éprouver une grande admiration pour l’établissement. «Votre faculté de médecine dentaire, affirme-t-elle, est très forte pour sa formation clinique et pour ses activités de recherche en santé bucco-dentaire.»

Catherine Larrère
Docteure honoris causa en philosophie

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Catherine Larrère a toujours voulu faire de la philosophie. «Ma mère, explique-t-elle, était professeure de philosophie et ce que j’en comprenais, lorsque j’étais enfant, m’intéressait. Il me semblait qu’étudier la philosophie aidait à comprendre le monde.» En France, la récipiendaire d’un doctorat honorifique est considérée comme une spécialiste incontestée de la philosophie politique du 18e siècle, en particulier de Montesquieu. Durant sa carrière, elle a également su faire entendre sa voix sur l’écologie politique, l’éthique environnementale, la philosophie des techniques et les enjeux de la cause animale. Sa philosophie «du bon usage de la nature» a été reconnue sur le plan international. «Je suis particulièrement contente, souligne-t-elle, d’avoir été capable de me réorienter, de l’histoire de la philosophie politique aux questions contemporaines liées aux problèmes environnementaux.» Ce samedi, après avoir reçu son doctorat honoris causa, elle livrera le message suivant aux diplômés. «Il faut savoir compter sur soi, tenir bon sur ce que l’on veut faire et rejeter le conformisme: on trouve alors de vrais amis qui vous aident et avec qui l’on a plaisir à travailler.»

Margaret Norrie McCain
Docteure honoris causa en psychologie

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Intellectuelle engagée, conférencière active dans le domaine de la petite enfance, l’honorable Margaret Norrie McCain préside le conseil d’administration de la fondation Margaret and Wallace McCain Family. Cet organisme torontois a pour mission de promouvoir au Canada des programmes efficaces d’éducation à la petite enfance. Diplômée en histoire, puis en travail social, la récipiendaire a consacré sa carrière à la promotion de l’éducation et de la culture, au soutien du développement de l’enfant et à la lutte contre la violence familiale. «Ma vocation m’a choisie, indique-t-elle. J’ai eu la passion des enfants toute ma vie, ce qui m’a menée au travail social et au bien-être de l’enfant. Un moment décisif de ma vie a été la tuerie de Polytechnique à Montréal. Le meurtrier avait été victime d’abus extrêmes durant son enfance. C’était un homme très abîmé.» Deux réalisations ont marqué sa carrière. D’abord, la mise en place d’un centre de recherche sur la violence familiale, en 1992, à l’Université du Nouveau-Brunswick. Ensuite, en 1999, le lancement de Early Years Study, des documents et des rapports qui font état de l’avancement des connaissances sur la petite enfance. En 1994, Margaret Norrie McCain est devenue la première femme lieutenante-gouverneure de la province du Nouveau-Brunswick.

Janice Morse
Docteure honoris causa en sciences infirmières

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Professeure et chercheuse au College of Nursing de l’Université d’Utah, l’infirmière Janice Morse est originaire de Nouvelle-Zélande. Enfant, lorsqu’elle se réveillait la nuit, elle regardait, intriguée, les infirmières au travail dans les salles de l’hôpital voisin. Détentrice d’un doctorat en sciences infirmières et d’un doctorat en anthropologie, elle s’est distinguée durant sa carrière par sa contribution, théorique et méthodologique, aux connaissances liées à différents phénomènes au cœur des sciences infirmières. Janice Morse a notamment consacré 23 ans à explorer la souffrance dans différents contextes comme le confort, l’espoir et le toucher, chez les patients et chez leurs proches. «Le champ de recherche le plus difficile que j’ai exploré consiste à empêcher le patient de chuter, explique-t-elle. On peut reconnaître quatre patients sur cinq qui sont susceptibles de tomber, mais on ne sait pas quand ni où. Je travaille maintenant avec des bioingénieurs, des physiothérapeutes et des architectes à concevoir une chambre d’hôpital où le patient peut faire de façon sécuritaire, jusqu’à l’arrivée de l’infirmière, un aller-retour du lit à la salle de bain à l’aide d’un rail continu.» Elle est particulièrement fière d’avoir mis sur pied, en 1997, l’International Institute for Qualitative Methodology.

Louise Otis
Docteure honoris causa en droit

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L’honorable Louise Otis est juriste, médiatrice, arbitre en matière civile et commerciale et juge administratif international. Elle est également professeure de droit à l’Université McGill. Elle a entrepris sa carrière d’avocate en 1975. Par la suite, à la Cour supérieure du Québec puis à la Cour d’appel du Québec, elle a rendu plus de 3 000 jugements dans des causes de droit civil, commercial, administratif et pénal. Dès sa deuxième année de cégep, la jeune étudiante prenait conscience, grâce à ses professeurs d’histoire, d’économie et de sciences sociales, que le droit est une science universelle. «Le droit, affirme-t-elle, c’est l’ouverture sur le monde dans son intégralité. J’ai vu dans le droit un instrument pour assouvir ma curiosité sur le monde.» Visionnaire, Louise Otis a notamment été à l’origine de la médiation judiciaire au Québec, le premier système hybride et intégré à avoir vu le jour au monde. «J’ai eu, dit-elle, le bonheur d’avoir assisté plusieurs pays dans l’élaboration de systèmes semblables pour le plus grand bénéfice des justiciables.» Un autre fait saillant de sa carrière est la création du système de justice administrative des Nations unies. «Ce système, précise-t-elle, demeure unique au monde.» Ce dimanche, dans le discours d’acceptation de son doctorat d’honneur, elle aura comme message aux diplômés: «Nous ne sommes rien seuls. Nous existons par les autres et pour les autres.»

Bernard Voyer
Docteur honoris causa d’université

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Le grand explorateur et conférencier de renom Bernard Voyer n’a plus besoin de présentation. En plus de 30 ans de carrière, il a effectué plusieurs tours du monde à la recherche des endroits les plus froids, les plus hauts et les plus inaccessibles. Il a également prononcé plus de 750 conférences. La réalisation dont il est le plus fier? «Atteindre les trois pôles, soit le pôle Nord, le pôle Sud et le sommet de l’Everest, le plus haut du monde, répond-il. Ces accomplissements sont certainement ce qui a rempli mon sac à dos des plus intenses émotions.» Sa passion pour la découverte remonte à l’enfance. «Je suis né à Rimouski, raconte-t-il, et nous avions un chalet au bord du fleuve Saint-Laurent. Tous les étés de mon enfance ont été bercés par le bruit des marées, par l’air salin, mais surtout par le fait d’essayer de voir ce qu’il y avait à l’horizon. Car il était impossible d’apercevoir la rive nord du fleuve. Le ciel rejoignait la ligne d’eau… De quoi est fait l’horizon? Je grimpais dans les arbres pour voir plus loin, mais sans succès. L’horizon conservait son mystère.» Bernard Voyer a associé le milieu de la recherche à la plupart de ses expéditions. Ce faisant, il a permis de repousser plusieurs limites dans des domaines tels que les matériaux composites, la technologie satellitaire, la glaciologie et la nutrition. Le 9 juin, devant les diplômés, il a souligné qu’ils sont à l’aube d’une grande aventure et que «le désir de réussite et la capacité de s’émerveiller doivent toujours les accompagner, pas à pas dans leurs défis, pas à pas vers leurs sommets».

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