Une équipe dirigée par Lynne Moore, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, vient de publier, dans le Journal of Trauma and Acute Care Surgery, une liste de 63 pratiques cliniques utilisées en soins aigus de traumatologie dont la pertinence devrait être réexaminée. Ces pratiques procureraient peu de bénéfices tout en occasionnant des effets secondaires indésirables aux patients ainsi que des coûts substantiels au système de santé.

La professeure Moore et 20 autres chercheurs associés au Consortium canadien de recherche en traumatisme craniocérébral ont dressé cette liste à partir de l’analyse de 815 études couvrant 965 pratiques cliniques. Ils ont aussi consulté 36 experts de différents domaines médicaux liés à la traumatologie pour qu’ils se prononcent sur la pertinence de ces pratiques. «Chaque pratique qui figure dans la liste a fait l’objet d’au moins une étude qui concluait qu’elle était de faible valeur. De plus, elle devait être considérée clairement ou potentiellement de faible valeur par 75% des experts consultés et aucun expert ne devait estimer qu’elle était bénéfique», précise Lynne Moore.

Ces pratiques sont utilisées à l’urgence, en chirurgie traumatologique, en soins intensifs et en orthopédie. Elles concernent principalement les domaines de l’imagerie médicale (32%) et de la médication (27%). «Les avancées dans ces domaines sont très rapides et les nouveautés sont parfois adoptées en clinique avant que des données probantes sur leur efficacité soient disponibles. Il arrive aussi que les médecins aient peu de solutions thérapeutiques à offrir à un patient et que, plutôt que de ne rien faire, ils recourent aux quelques médicaments disponibles, même si leur efficacité n’est pas clairement démontrée. Une fois que ces pratiques sont adoptées en clinique, il est très difficile de revenir en arrière, même si des études remettent en doute leur efficacité», constate la professeure Moore.

À titre d’exemple, la chercheuse cite le cas d’un patient admis dans un hôpital régional en raison d’un traumatisme crânien important qui va nécessiter son transfert vers un centre spécialisé en traumatologie. Il arrive que le médecin de l’hôpital demande tout de même un examen d’imagerie médicale sur place. «Cette procédure retarde le transfert du patient vers le centre de traumatologie, elle l’expose à une dose de radiations qui aurait pu être évitée et elle occasionne des coûts au système de santé.»

Au Canada, entre 2004 et 2010, le coût des soins aux victimes d’accidents de toute sorte a grimpé de 35%. Les progrès en imagerie et en technologie médicales ont provoqué une augmentation exponentielle du nombre de tests demandés par les médecins. Selon les projections, la facture pour les soins en traumatologie pourrait atteindre 75 milliards de dollars en 2035.

«Le système de santé ne peut plus suivre le rythme et il faut trouver des moyens d’optimiser les soins, constate Lynne Moore. Nous allons maintenant étudier en profondeur quelques-unes des pratiques que nous avons ciblées et nous espérons pouvoir recommander l’abandon de 5 à 10 d’entre elles. D’ici quatre ans, ces recommandations seront introduites dans les indicateurs de la qualité des soins offerts par chaque hôpital au Québec, ce qui permettra de déterminer si elles sont suivies.»