Il existerait une association entre certains problèmes comportementaux observés chez des enfants de sept ans et le fait que leur mère ait eu des problèmes dépressifs pendant la grossesse. C’est ce que révèle une étude publiée dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health par Sabrina Faleschini, doctorante à l’École de psychologie de l’Université Laval, et par quatre chercheurs de la Harvard Medical School.

La grossesse constitue une période marquée par de grands bouleversements, des stress importants et des montagnes russes hormonales. On estime qu’environ 18% des futures mamans auront une dépression légère et qu’entre 7 et 12% souffriront d’une dépression modérée ou sévère. Une exposition intra-utérine à ces symptômes dépressifs peut-elle avoir des répercussions sur le développement de l’enfant?

Sabrina Faleschini a exploré cette question dans le cadre d’un stage qu’elle a effectué au sein d’une équipe de la Harvard Medical School. La doctorante a analysé des données portant sur 1 225 mères et leur enfant. Dans cet échantillon, 10% des femmes avaient eu des symptômes dépressifs dont l’intensité suggérait un état dépressif en milieu de grossesse. Des évaluations effectuées six mois après l’accouchement portaient aussi à croire que 9% des mères avaient souffert de dépression. Ce taux passait à 7% lors des évaluations faites 12 mois après la naissance de l’enfant.

Lorsque les enfants de ces femmes ont atteint l’âge de sept ans, les chercheurs ont demandé à leur mère et à leur enseignant de remplir une série de tests portant notamment sur le développement cognitif, les fonctions exécutives et le comportement de ces enfants. Résultats? Les analyses montrent que l’exposition intra-utérine à des symptômes dépressifs est associée à un moins bon contrôle des fonctions exécutives comportementales. «Par exemple, les enfants parviennent moins bien à se concentrer sur la tâche qu’ils ont à accomplir, à planifier leur travail ou à passer d’une tâche à une autre», explique Sabrina Faleschini.

Les chercheurs ont également constaté que ces enfants avaient davantage de problèmes de conduite et de problèmes comportementaux avec les pairs. «Ces effets sont relativement légers et ils sont davantage rapportés par les mères que par les enseignants», précise l’étudiante-chercheuse.

Par ailleurs, aucune association nette entre le développement de l’enfant et l’état dépressif de la mère n’a été décelée lorsque cette exposition survient en période postnatale. «Ces conclusions pourraient toutefois être différentes si l’état dépressif de la mère était chronique», nuance la doctorante.

Enfin, le développement cognitif de l’enfant ne semble pas affecté par l’état dépressif de la mère, peu importe si les symptômes dépressifs se sont manifestés avant ou après la naissance.

Sabrina Faleschini estime que, pour le bien des femmes enceintes et de leur enfant, les campagnes d’information en santé publique devraient insister davantage sur l’importance de la santé psychologique pendant la grossesse. Elle conclut d’ailleurs avec ce conseil à l’intention des futures mamans. «Si votre état anxieux ou dépressif nuit à votre fonctionnement quotidien, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel de la santé pour obtenir de l’aide.»