Dans plusieurs pays, la sieste est considérée comme une habitude bénéfique pour la santé, mais cette croyance est-elle fondée? Tout dépend de vos habitudes de sommeil pendant la nuit, suggère une étude internationale réalisée par une trentaine de chercheurs, dont Paul Poirier, professeur à la Faculté de pharmacie et cardiologue au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

À l’aide de données portant les habitudes de vie de 116 632 personnes de 21 pays suivies pendant près de 8 ans, les chercheurs ont constaté que le risque d’événements cardiovasculaires graves ou de décès dépendait d’une combinaison des heures de sommeil nocturne et du temps consacré à la sieste.

Leur étude, publiée par l’European Heart Journal, rapporte que le risque cardiovasculaire augmente lorsque le temps total de sommeil quotidien s’écarte de la fenêtre des 6 à 8 heures. Ainsi, les gens qui dorment quotidiennement moins de 6 heures semblent légèrement plus à risque – environ 9% – que ceux qui dorment de 6 à 8 heures. Chez les gens qui dorment de 8 à 9 heures, de 9 à 10 heures ou plus de 10 heures, le risque augmente respectivement de 5%, de 17% et de 41% par rapport aux dormeurs moyens.

Par ailleurs, la durée de la sieste n’a aucune incidence sur le risque cardiovasculaire chez les gens qui dorment moins de 6 heures par nuit. Par contre, chez les personnes qui dorment plus de 6 heures par nuit, ce risque augmente en fonction de la durée de la sieste; il est 30% plus élevé chez les personnes qui font une sieste d’une heure ou plus par jour.

«Chez les gens qui dorment moins de 6 heures par nuit, la sieste semble être un mécanisme compensateur pour le manque de sommeil. Chez ceux qui dorment beaucoup la nuit, la fatigue qui survient pendant la journée peut être un marqueur de maladie encore non diagnostiquée», avance Paul Poirier.

Si la question du sommeil est abordée systématiquement avec les patients souffrant d’apnée du sommeil et d’hypertension, elle n’est pas avec les autres patients, souligne le cardiologue. «Peut-être à tort, reconnaît le cardiologue. Les patients devraient donc s’assurer de mentionner leurs problèmes de sommeil à leur médecin.»