La mauvaise nouvelle: 39% des enfants nés entre 2003 et 2014 ont eu un retard d’au moins 30 jours pour l’un des vaccins recommandés pendant leur première année de vie. La bonne nouvelle: ce taux a pratiquement diminué de moitié pendant cette période. Voilà l’une des conclusions de l’étude publiée dans BMC Public Health par une équipe de chercheurs rattachés à la Faculté de médecine de l’Université Laval, au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval et à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Les chercheurs ont aussi constaté que, contrairement à ce que l’on croyait, il ne faut pas concentrer les efforts de sensibilisation uniquement sur le respect de la première visite vaccinale pour améliorer cette statistique.

Au Québec, le calendrier vaccinal comprend quatre visites pendant la première année de vie d’un enfant. Elles doivent avoir lieu lorsque les enfants ont deux mois, quatre mois, six mois et 12 mois. «Ce calendrier est établi en tenant compte de plusieurs facteurs, notamment l’épidémiologie des maladies infectieuses au Québec, le nombre de rappels nécessaires, la vulnérabilité de l’enfant et le fardeau de la maladie, signale la première auteure de l’étude, Marilou Kiely, doctorante à la Faculté de médecine et conseillère scientifique à l’INSPQ. Théoriquement, si un enfant ne reçoit pas les doses prévues au moment prévu, il court davantage de risque de contracter certaines maladies. De plus, par effet de cascades, chaque retard décale l’administration des vaccins subséquents, ce qui pourrait aussi accroître le risque de contracter ces maladies.»

Afin de vérifier dans quelle mesure le calendrier vaccinal était respecté, les chercheurs ont analysé les données provenant de six enquêtes effectuées par la poste ou en ligne entre 2006 et 2016. Ces données ont été fournies par les parents de plus de 7000 enfants à partir du carnet de santé de leur enfant. Les chercheurs considéraient qu’il y avait un retard lorsque la date prévue de vaccination était dépassée depuis 30 jours ou plus.

Les analyses révèlent que le pourcentage d’enfants accusant un retard de vaccination à deux, quatre, six et 12 mois est respectivement de 5%, 13%, 23% et 24%. «Une étude réalisée en 2006 suggérait que les retards dans la vaccination provenaient surtout de la première visite. Notre étude montre qu’il y a des retards à chaque visite et qu’ils sont plus importants pour les visites de six et de 12 mois», constate la doctorante.

Les retards de vaccination, qui touchaient 50% des enfants en 2006, ont chuté à 30% en 2016. Cette embellie serait le fruit d’interventions menées par les CLSC. «Au cours des dernières années, ils ont multiplié les interventions auprès des parents, notamment en planifiant avec eux les dates de vaccination de leur enfant et en faisant des rappels téléphoniques. Au Québec, environ 80% des enfants sont vaccinés dans les CLSC.»

Les facteurs associés à un retard dans le calendrier de vaccination sont multiples. Le fait de ne pas être le premier enfant d’une famille, de ne pas fréquenter un centre de la petite enfance, de ne pas avoir de conjoint et de ne pas avoir un niveau de scolarité élevé augmente à ce risque. «Ces informations peuvent nous aider à préciser les publics cibles des interventions visant à réduire les retards de vaccination», souligne-t-elle.

Les retards observés dans la vaccination des enfants québécois ont-ils des répercussions sur leur santé? «Pour répondre à cette question, il faudra attendre les résultats d’une étude en préparation qui  déterminera s’il existe un lien entre les retards de vaccination et certaines maladies», répond prudemment la doctorante.

L’étude publiée dans BMC Public Health est signée par Marilou Kiely, Nicole Boulianne, Denis Talbot, Manale Ouakki, Maryse Guay, Monique Landry, Chantal Sauvageau et Gaston De Serres.