La prise régulière de mélatonine, un produit utilisé pour lutter contre l’insomnie ou le décalage horaire, peut-elle affecter la vision durant le jour? La question se pose à la lumière d’une étude menée par des chercheurs de la Faculté de médecine, qui ont découvert que cette molécule atténue la réponse diurne de la rétine à un stimulus lumineux.

Produite par le cerveau et par certaines structures de l’œil, dont la rétine, la mélatonine régit l’horloge biologique humaine. Sa production, nulle ou faible pendant la journée, augmente en début de soirée et atteint un pic au milieu de la nuit. Cette hormone ralentit le métabolisme, abaisse la température corporelle, réduit la vigilance et induit le sommeil. Les personnes qui souffrent d’insomnie, les travailleurs de nuit qui peinent à dormir pendant la journée et les voyageurs qui veulent contrer le décalage horaire peuvent ajuster leur horloge biologique en recourant à des comprimés de mélatonine en vente libre dans les pharmacies.

Comment la rétine réagit-elle à cet apport externe de mélatonine pendant la journée, à un moment où habituellement le corps n’en produit pas? Joëlle Lavoie et Marc Hébert, du Centre de recherche de l’Institut universitaire de santé mentale de Québec, Serge Rosolen, de l’INSERM, et Catherine Chalier, de Sanofi-Aventis, ont étudié la question chez sept beagles. Les chercheurs ont mesuré, pendant la matinée, la réponse rétinienne de ces chiens à une série de flashes lumineux, avant et après leur avoir donné de la mélatonine.

Les électrorétinogrammes qu’ils en ont tirés montrent que cette hormone réduit de 60% l’amplitude de la réponse des récepteurs de vision diurne. L’hormone n’a toutefois pas d’effet sur le temps de réponse de ces récepteurs, sur le seuil d’intensité lumineuse à partir duquel la rétine répond ni sur la vision nocturne, rapportent les chercheurs dans la revue Neuroscience Letters.

«Nos résultats montrent que la mélatonine prise oralement se rend à la rétine au moyen de la circulation sanguine et qu’elle influence le fonctionnement des récepteurs de la vision diurne», résume Joëlle Lavoie. Quant à savoir si l’acuité de la vision s’en trouve affectée, la chercheuse se fait prudente. «Notre étude ne permet pas de nous prononcer sur la question. Par ailleurs, nous n’avons détecté aucune modification morphologique de l’œil ni aucun signe de toxicité, même si la dose de mélatonine était relativement élevée.»

Par souci de précaution, la chercheuse recommande tout de même de limiter la consommation de mélatonine. «Il faut en prendre au besoin seulement et choisir des comprimés à faible dose, quitte à l’augmenter progressivement s’il n’y a pas d’effets. Lorsque je prépare un voyage à l’étranger, il m’arrive de recourir à la luminothérapie le matin et à la mélatonine le soir pour ajuster progressivement mon horloge biologique. Dans mon cas, les comprimés de 1 mg sont suffisants.»