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Volume 53, numéro 7 | 12 octobre 2017

À la une

Les dessous religieux de Tintin

Un rallye conçu par la Faculté de théologie et de sciences religieuses donne un aperçu des influences religieuses de Hergé

Par Pascale Guéricolas

En apparence, les aventures du célèbre héros à la houppette blonde semblent bien éloignées des questions religieuses… sauf si l’on considère que l’alcool constitue un véritable sacerdoce pour le capitaine Haddock! Cependant, les histoires que Hergé fait vivre à Tintin baignent sans conteste dans un univers spirituel très proche des préoccupations de l’époque. Né dans les pages d’un journal catholique belge, Tintin, ce défenseur des valeurs scoutes, vient en aide aux faibles et lutte contre le mal. Au cours de sa carrière, le reporter issu des pages du Petit Vingtième s’intéresse successivement aux sociétés secrètes, à l’ésotérisme et à la philosophie chinoise dans les années 1960. Ces préoccupations illustrent l’évolution spirituelle de son créateur.

Responsable de l’information et de la promotion des études à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, Alain Bouchard a eu l’idée de mettre en contexte certains éléments de l’exposition sur Hergé, présentée par le Musée de la civilisation jusqu’au 3 décembre. Il s’agit d’une façon de montrer, à l’occasion de l’événement sur les 350 ans d’enseignement de la théologie à Québec, que le phénomène religieux influence grandement l’art. Alain Bouchard, sociologue et spécialiste des nouvelles religions, a donc produit un document qui apporte, lorsqu’on parcourt l’exposition, un nouveau regard sur le créateur de la ligne claire.

Prenons, par exemple, les tableaux abstraits présentés dans la première salle consacrée à Hergé. Peints par le père de Tintin en marge de son travail de bédéiste, ils illustrent sa passion pour des artistes comme Klee. «Plusieurs des créateurs de l’art moderne que Hergé admirait beaucoup s’intéressaient au monde intérieur. Cette quête se traduisait par une recherche des formes et des couleurs sans lien avec la réalité», explique le sociologue des nouvelles religions.

Le document préparé autour de l’exposition met ainsi en lumière, grâce à plusieurs textes d’historiens de l’art ou des religions, la quête spirituelle qui traverse une grande partie du 20e siècle. Il apporte, par exemple, un éclairage sur la Société théosophique, fondée par Helena Blavastsky. Ce courant de pensée fait le point entre l’Orient et l’Occident et met l’accent sur la spiritualité des êtres ainsi que sur le cycle des réincarnations. Des éléments de cette philosophie seront repris par des penseurs comme Jacques Bergier, qui a fondé la revue Planète dans les années 1960, une revue qui a beaucoup influencé Hergé.

Plusieurs de ses albums, comme L’étoile mystérieuse, Les cigares du pharaon, Vol 714 pour Sydney et Les sept boules de cristal, traduisent l’intérêt du bédéiste pour les phénomènes paranormaux, les extraterrestres et le spiritisme. Cependant, c’est l’album Tintin au Tibet qui illustre le mieux, aux yeux d’Alain Bouchard, la quête spirituelle de l’auteur. «À cette époque, Hergé traverse une véritable crise existentielle, affirme-t-il. Avec l’aide de son ami Tchang, rencontré à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, il travaille beaucoup les vides et les pleins de plusieurs planches, un peu à la façon des philosophes chinois. Le propos de l’album porte aussi beaucoup sur le sens de la vie.»

Dans l’exposition, les visiteurs peuvent aussi découvrir des objets comme le fétiche arumbaya, lié à la tradition inca, ou des masques africains. Ce sont des éléments qui traduisent l’ouverture occidentale à des valeurs spirituelles venant d’autres cultures dans la seconde moitié du 20e siècle. Marqué par ces différents courants tout au long de son œuvre, Hergé constitue donc un témoin privilégié de la quête spirituelle de ses contemporains. Quelque 34 ans après sa mort, le père de Tintin n’en finit pas de se dévoiler.

Téléchargez le document Sur la piste des dieux avec Tintin.

L’exposition Hergé à Québec est présentée au Musée de la civilisation jusqu’au 3 décembre. Plus d’information

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Photo: Marie-Josée Marcotte / Icône. Tous droits réservés Hergé-Moulinsart.

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