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Volume 53, numéro 23 | 29 mars 2018

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Deux suppléments font chou blanc

Des extraits de raisin et de curcuma ne parviennent pas à contrer l'inflammation qui suit un repas riche en gras

Par Jean Hamann

Imaginez le bonheur si l’on pouvait contrer les effets inflammatoires d’un repas riche en gras à l’aide d’une simple pilule. Si, en plus, ce comprimé ne contenait que des extraits de plantes, ce bonheur serait naturellement décuplé. Malheureusement, on ne pourra pas compter sur les suppléments de resvératrol – le fameux polyphénol du vin rouge – ni sur les suppléments de curcumine – le principe actif du curcuma – pour accomplir ce prodige, suggère une étude publiée par une équipe de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) dans The Journal of Nutrition.

Les repas riches en graisses provoquent une élévation transitoire des lipides et des marqueurs inflammatoires sanguins, rappelle la première auteure de l’étude, Cécile Marie Vors, stagiaire postdoctorale à l’INAF. Cette hausse atteint un pic deux à quatre heures après chaque repas. Comme nous prenons quotidiennement trois repas et quelques collations, ces pics surviennent à répétition chaque jour et ils pourraient contribuer au développement de l’état inflammatoire chronique associé aux maladies comme l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires.

Afin de déterminer s’il était possible de contrer l’inflammation qui survient après un repas, les chercheurs de l’INAF se sont tournés vers deux polyphénols reconnus pour leurs propriétés anti-inflammatoires. Le premier, le resvératrol, se retrouve notamment dans le raisin et dans le vin. Le second, la curcumine, abonde dans la racine de curcuma, la plante dont on tire l’épice du même nom. Ces deux molécules, auxquelles on prête de nombreuses vertus, sont vendues sous forme de suppléments dans les pharmacies et les boutiques d’alimentation naturelle. «Des études menées in vitro et chez des animaux de laboratoire ont mis en lumière leur potentiel anti-inflammatoire, souligne la chercheuse postdoctorale. Chez l’humain, les conclusions sont moins nettes. Nous avons voulu tester leur efficacité lorsqu’ils sont pris simultanément, ce qui n’avait pas encore été fait chez des sujets humains.»

Pour ce faire, les chercheurs ont recruté 22 personnes en santé qui présentaient toutefois un ou deux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Ils les ont invitées à prendre soit une combinaison de suppléments de resvératrol (200 mg) et de curcumine (100 mg), soit un placebo. Trente minutes plus tard, ils leur ont servi un milk shake de leur cru, particulièrement riche en gras (75 g). Résultat? Les suppléments n’ont pas plus d’effet que le placebo sur les concentrations de triglycérides, de glucose et d’insuline dans les heures qui suivent le repas. De plus, ils n’induisent aucun changement sur les marqueurs inflammatoires sanguins ni sur l’expression des gènes liés à l’inflammation.

«Il est possible que ces suppléments procurent d’autres bienfaits pour la santé, qui se manifestent à plus long terme, mais aux doses testées, ils ne réduisent pas l’inflammation transitoire qui suit un repas riche en gras, résume Cécile Marie Vors. Le resvératrol est bien absorbé par l’organisme, mais il est rapidement métabolisé. Cela pourrait expliquer pourquoi ses effets chez l’humain sont moins prononcés que ceux observés in vitro

L’étude parue dans The Journal of Nutrition est signée par Cécile Marie Vors, Charles Couillard, Marie-Eve Paradis, Iris Gigleux, Johanne Marin, Marie-Claude Vohl, Patrick Couture et Benoît Lamarche.

Resveratrol

Les chercheurs de l'INAF ont testé deux polyphénols reconnus pour leurs propriétés anti-inflammatoires. Le premier, le resvératrol, se retrouve notamment dans le raisin et dans le vin. Le second, la curcumine, abonde dans la racine de curcuma. Ces deux molécules sont vendues sous forme de suppléments alimentaires.

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