Quelque 30 étudiantes et étudiants inscrits aux cycles supérieurs dans des disciplines telles que les études internationales, le droit ou la gestion de projets viennent de vivre une expérience immersive dont ils se rappelleront longtemps. Du lundi 4 au samedi 9 mars, entre le pavillon La Laurentienne et le pavillon Gene-H.-Kruger, ils ont reçu une formation intensive, donnée par une vingtaine d’experts chevronnés, sur un monde à la fois complexe, méconnu et fascinant, celui de la diplomatie. Cette formation portait sur une panoplie de sujets complémentaires. Elle était offerte sous la forme d’une «école d’hiver», pour une deuxième année consécutive, par les Hautes Études internationales (HEI) de l’Université Laval.

«Les étudiants ont dit avoir été durant toute la semaine comme dans une deuxième réalité», explique le coordonnateur de cette école d’hiver et diplomate en résidence aux HEI, Pierre Guimond. Selon lui, les étudiants ont vraiment appris dans le concret les différentes pratiques des relations internationales, en particulier celles de la diplomatie. «Au moyen d’exemples concrets, poursuit-il, les conférenciers ont développé sur les compétences que doivent avoir les diplomates. Parmi celles-ci, il y a le sens de l’État, le sens de l’éthique et l’efficacité interculturelle.»

Pierre Guimond a travaillé 8 ans au gouvernement du Québec en relations intergouvernementales. Les 30 années suivantes, il les passe au ministère des Affaires étrangères du Canada, où il obtient 5 affectations à l’étranger. Ambassadeur en poste à Budapest, il est responsable des relations du Canada avec la Hongrie, la Slovénie et la Bosnie-Herzégovine. En 1989, il observe l’un des événements politiques majeurs du 20e siècle, la chute du mur de Berlin, suivie, peu après, de la révolution de Velours en Tchécoslovaquie.

Un diplomate évolue dans le monde des relations entre États. Son rôle consiste à représenter et à promouvoir les intérêts de son gouvernement à l’étranger. Il entretient des relations au nom de son pays. «Il y a aujourd’hui tellement d’interlocuteurs sur le plan diplomatique, indique Pierre Guimond. Les acteurs non étatiques comme les entreprises, les organismes non gouvernementaux, les organismes de la société civile ont un rôle de plus en plus grand. Nous vivons, par ailleurs, dans un monde complexe caractérisé par de grandes tensions. Les relations sont difficiles entre les États.»

Chacune des journées de l’école d’hiver s’est déroulée sur un thème. Le tout a commencé par une introduction aux métiers de l’international. Ont suivi les thèmes du diplomate communicateur, du diplomate gestionnaire, du diplomate stratège et du diplomate négociateur, ce dernier thème se déroulant sur deux jours.

Un des conférenciers vedettes était l’ex-ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon. Son exposé a porté sur le lien existant entre le métier d’homme politique et celui de diplomate. «Le conférencier a insisté sur les nominations politiques d’ambassadeurs, explique Pierre Guimond. Selon lui, un ambassadeur qui est issu du milieu politique a l’avantage d’être proche des très hautes autorités politiques de son pays. En plus, son expérience politique fait qu’il a l’habitude de traiter avec les gouvernements et les citoyens.»

Pierre Guimond a donné un cours sur les communications diplomatiques orales et écrites. Il a aussi prononcé une conférence sur la diplomatie publique et numérique. Il souligne que c’est en situation de crise que les relations entre diplomates et journalistes sont les plus tendues. «Dans le cas d’un écrasement d’avion, dit-il, les médias veulent connaître les noms des victimes le plus rapidement possible. De notre côté, nous voulons absolument éviter de commettre des erreurs d’identité et autres. Les journalistes et le personnel diplomatique n’ont pas les mêmes sources d’information, mais elles sont complémentaires. Nous ne sommes pas au service les uns des autres.»

La semaine de formation a pris fin avec une journée consacrée à la simulation d’une crise diplomatique entre deux pays. Trois équipes de négociation ont débattu pour tenter de comprendre et solutionner la crise, et en venir à la diffusion d’un communiqué de presse résumant l’accord.

«La crise mettait en cause deux chauffeurs de voitures diplomatiques, indique Pierre Guimond. Il faut comprendre qu’un tel véhicule bénéficie d’une certaine immunité, comme si c’était une extension de l’ambassade. Or, les chauffeurs d’ambassade sont souvent recrutés sur place. Ces citoyens du pays hôte n’ont pas de privilèges d’immunité et peuvent donc être arrêtés.

Il faut souligner la présence, durant toute la semaine, d’un groupe de 13 diplomates d’Afrique subsaharienne et d’Haïti. Ces femmes et ces hommes sont tous en poste aux Nations unies. Ils sont venus chercher un complément à leur formation professionnelle de base.

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Le 4 mars à Québec, la délégation de 13 diplomates en poste à l’ONU, 12 de différents pays d’Afrique et un d’Haïti, a effectué une visite au ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec.