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Volume 52, numéro 18 | 9 février 2017

À la une

Quand la distance n’a pas d’importance

Des chercheurs démontrent l'efficacité de la téléréadaptation orthophonique pour les personnes souffrant d'aphasie

Par Jean Hamann

Les six premiers mois qui suivent un accident vasculaire cérébral (AVC) sont déterminants en réadaptation orthophonique. Alors que la plupart des patients qui vivent dans les grands centres ont accès à des services orthophoniques adéquats, il en va autrement pour ceux dont la mobilité a été sérieusement touchée par l’AVC ou pour ceux qui habitent des régions où ces services sont rares ou inexistants. Une étude publiée dans la revue Telemedicine and e-Health par une équipe de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke vient toutefois offrir une lueur d’espoir à ces patients.

Joël Macoir et Vincent Martel-Sauvageau, du Département de réadaptation, et leurs collaborateurs Patrick Boissy, Marilyn Tousignant et Michel Tousignant, de l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, ont testé l’efficacité d’un programme de téléréadaptation orthophonique auprès de 20 patients qui souffraient d’aphasie chronique à la suite d’un AVC survenu au moins un an plus tôt. L’aphasie est un trouble de la production et de la compréhension du langage oral et écrit qui se manifeste après un traumatisme cérébral, le plus souvent un AVC. Elle affecte la qualité de vie du patient et limite ses interactions sociales.

«Pour réaliser cette étude, nous avions l’intention de développer une plateforme simple qui permettrait au patient et au thérapeute de communiquer à distance, rappelle le professeur Macoir. L’entreprise montréalaise Oralys TeleTherapy, qui avait eu vent de notre projet, nous a contactés et nous a offert de développer conjointement une plateforme multimodale pour la réadaptation orthophonique post-AVC.» La plateforme utilisée par le patient, à la maison, et par le thérapeute, dans son bureau, se compose d’un ordinateur permettant un lien audio et vidéo direct ainsi que l’affichage d’images. «Le traitement que nous avons utilisé repose sur l’approche PACE (Promoting Aphasics’ Communicative Effectiveness), une méthode reconnue dont l’objectif n’est pas uniquement de favoriser la production de mots, mais d’aider les patients à mieux comprendre et à mieux se faire comprendre, que ce soit par l’usage de mots, de gestes ou de dessins», explique le professeur Macoir.

Le traitement comportait 9 séances d’environ 45 minutes, réparties sur 3 semaines, au cours desquelles le patient et le thérapeute devaient, à tour de rôle, nommer ou décrire des images apparaissant à l’écran. Ces images étaient choisies aléatoirement par l’ordinateur à partir d’un répertoire comprenant des images que le patient avait eu de la difficulté à nommer lors d’un test préliminaire. Les évaluations effectuées avant et après cette courte thérapie révèlent une amélioration substantielle de plusieurs paramètres de la communication. «Nous avons observé des progrès sur le plan de l’efficacité de la communication, du temps requis pour nommer ou décrire les images, du nombre d’essais nécessaires pour le faire et de la diversité des stratégies utilisées pour communiquer. De plus, ces améliorations se sont manifestées même pour des images qui n’avaient pas été traitées pendant les séances, ce qui montre que la thérapie produit des effets sur la capacité globale de communiquer», souligne Joël Macoir.

Dans un monde idéal, l’instauration de cette téléréadaptation procurerait donc des bienfaits considérables aux personnes aphasiques qui n’ont pas accès à des services orthophoniques. Évidemment, la question des coûts pose un problème, reconnaît le professeur Macoir. «La plateforme développée par notre partenaire est assez dispendieuse et, pour certains patients, son utilisation est complexe. Si on voulait offrir plus largement cette thérapie, il faudrait l’adapter à un équipement plus convivial et plus abordable, comme une tablette numérique, par exemple.»

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La plateforme utilisée pour évaluer l'efficacité de la téléréadaptation orthophonique permet une communication multimodale, incluant l'image et le son, entre le thérapeute et la personne qui souffre d'aphasie à la suite d'un AVC.

Photo: Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke

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