Lancée en 2010, la Revengeance des duchesses se voulait une réponse artistique et ludique à la formule convenue des duchesses du Carnaval de Québec. Même si les compagnes de Bonhomme ne font plus partie de la programmation officielle de la fête d’hiver version 2019, les duchesses de la Revengeance, elles, poursuivent leur implication. Choisie pour les liens qu’elle entretient avec son quartier, chaque animatrice d’un duché tient un blogue et organise des activités locales. Parmi les nombreuses activités de la programmation auront lieu des conférences, sur la tradition du Carnaval entre autres, et une discussion sur les aléas du flirt à l’ère d’applications numériques comme Tinder.

Plusieurs de ces duchesses hors normes viennent de terminer leurs études à l’Université Laval ou entament un nouveau diplôme. C’est le cas, par exemple, de Joëlle Vaillancourt, bachelière en études internationales et langues. Cette mannequin de taille plus et animatrice auprès des jeunes entreprend un certificat en philosophie pour mettre sur pied des ateliers sur l’estime de soi et l’acceptation de son corps. Persuadée que le quartier Limoilou, où elle habite, constitue un milieu de vie exceptionnel, elle entend mettre en valeur sa diversité dans le blogue lié à l’événement de la Revengeance.

«Je m’inspire de la série de photos Humans of New York pour partir à la rencontre d’inconnus et raconter leur histoire, témoigne la jeune femme. Je vais les photographier, puis discuter avec eux, pour que les gens puissent mieux les connaître.» Parmi ses premiers coups de cœur, une citoyenne du quartier qui approvisionne régulièrement en sandwichs un frigo communautaire. Une façon pour cette mère de famille, qui a réussi à se sortir d’une jeunesse difficile, de donner un coup de main aux autres.

Fre Lépine, qui poursuit un certificat en santé sexuelle après avoir terminé son baccalauréat en travail social l’an dernier, veut également donner la parole aux gens du Vieux-Limoilou. Se définissant comme une personne non binaire, c’est-à-dire entre l’identité masculine et l’identité féminine, Fre profite de sa tribune à la Revengance pour refléter la pluralité de son quartier et la solidarité de ses habitants. «Je suis en amour avec Limoilou, que j’habite depuis peu, même si je le fréquente depuis mon enfance, note la duchesse. On a d’ailleurs prévu une parade dans le quartier, avec Joëlle, le 3 février, pour toute la famille.»

Installée dans Saint-Jean-Baptiste, la doctorante en littérature Hélène Matte voit quant à elle la Revengeance comme un moyen pour faire part de ses préoccupations sur l’avenir d’un quartier tissé serré. Celle qui se proclame «duchesse de Saint-Jambe» espère profiter de son court règne dans le Faubourg pour remettre en question la place de la voiture dans l’espace urbain et la disparition de terres agricoles comme celles des Sœurs de la Charité de Québec.

Jusqu’au 17 février, cette poète, slameuse et performeuse expose aussi, à la bibliothèque Claire-Martin, une œuvre vidéo ayant un lien avec sa thèse. Dans le film Babel, elle donne en effet la parole à des enfants qui témoignent par leurs actions de la richesse culturelle de cette première cité-État. Cette cité a inspiré le poète médiéviste Paul Zhumthor, sur lequel porte une partie de la thèse de l’étudiante. «Avec les mots, on construit du sens mais aussi des murs», souligne la créatrice, qui veut populariser les textes du poète né en Suisse.

Bref, la Revangeance offre une programmation variée à l’image de ces duchesses de la diversité.