Si Normand Voyer avait consacré davantage de temps à la recherche, sa liste de publications – qui compte tout de même une centaine de titres – serait plus longue, il aurait décroché plus de subventions, dirigé davantage d’étudiants-chercheurs et prononcé plus de conférences dans des congrès internationaux. Mais voilà, depuis 25 ans, il a plutôt choisi d’investir une partie de sa débordante énergie dans une activité à laquelle il croit profondément: faire connaître la science au grand public.

Le Conseil de recherche en sciences et génie du Canada (CRSNG) vient de récompenser ce choix en lui décernant son Prix pour la promotion des sciences 2013. Doté d’une bourse de 10 000$, cet honneur rend hommage à un Canadien qui est sorti des sentiers battus pour communiquer la science auprès du grand public. Un prix fait sur mesure pour ce professeur du Département de chimie, si on en juge par son bouquet de réalisations.

Normand Voyer est d’abord connu pour ses nombreuses interventions dans des émissions radio. Il a ses entrées chez Catherine Lachaussée (Radio-Canada cet après-midi), Sophie-Andrée Blondin (Bien dans son assiette), Franco Nuovo (Dessine-moi un dimanche) et chez bien d’autres journalistes en quête d’explications pour un quelconque phénomène chimique. C’est sa conférence sur «La chimie de l’amour» qui l’a révélé aux médias. En dix ans, il a présenté ce quasi-spectacle à plus de 150 reprises à des publics composés tantôt d’adolescents saturés d’hormones tantôt d’étudiants de l’Université du 3e âge, assagis mais tout aussi captivés.

Ses efforts de communicateur et son flair pour les sujets croustillants ne s’arrêtent pas là. En 2006, il mettait sur pied «Les 24 heures de chimie», une activité pendant laquelle les étudiants du Département de chimie accueillent des élèves du primaire et du secondaire et leur font faire de vraies expériences de laboratoire. «En plus d’initier les jeunes participants aux sciences, cette journée permet à nos futurs diplômés de développer leurs propres compétences de vulgarisateur scientifique.»

En 2011, avec sa collègue Michèle Auger, il montait «Attraction chimique». Depuis, cette exposition interactive itinérante sur la chimie au quotidien a été vue par plus de 400 000 personnes, notamment à Expo-Québec. Les visiteurs se pressent autour des animateurs pour entendre parler, entre autres, de chimie culinaire, de feux d’artifice et de techniques employées lors d’enquêtes criminelles.

Enfin, depuis deux ans, la caravane Défi-Chimie sillonne le Québec. «C’est de la speed science destinée aux jeunes de 2e secondaire au moment où ils s’apprêtent à faire des choix pour leur avenir, résume le professeur Voyer. Nous amenons un labo à l’école et les élèves doivent réaliser des expériences à partir de consignes qui leur sont données sur une tablette numérique. Chaque expérience doit être terminée en 8 minutes. Jusqu’à maintenant, plus de 5000 élèves ont profité du projet.»

Comme si ce n’était pas suffisant, il a d’autres projets de promotion des sciences sur la planche à dessin. «Il ne s’arrête jamais, constate Michèle Auger. Il bouillonne d’idées et il multiplie les initiatives pour joindre tous les publics possibles, ce qui ne l’empêche pas de mener une carrière de professeur-chercheur bien remplie. Et il trouve le temps de diriger le réseau PROTEO, un regroupement de 34 chercheurs québécois. Je ne sais pas comment il fait. On dirait que ses journées ont plus de 24 heures. Plus sérieusement, je crois qu’il est très efficace, qu’il sait bien s’entourer et déléguer au besoin.»

Interrogé sur ses trucs de vulgarisateur, Normand Voyer reprend le b.a.-ba du genre. «Toucher le quotidien des gens, ne pas chercher à montrer qu’on en sait plus long qu’eux sur un sujet, interpeller l’auditoire, faire des liens, être divertissant.» Manifestement, la recette de son succès est ailleurs. Jean-Daniel Doucet, un de ses anciens étudiants devenu responsable d’«Attraction chimique», a son idée là-dessus. «Que ce soit pour enseigner ou pour vulgariser la chimie, Normand Voyer est un orateur né. Il est très à l’aise devant des grands groupes et il sait ponctuer ses présentations d’anecdotes qui lui permettent de garder l’attention de son auditoire. Son ton passionné et son enthousiasme y sont aussi pour beaucoup. Il rend la science cool. Si j’ai choisi de faire carrière en vulgarisation scientifique après une maîtrise en sciences biomédicales, c’est en bonne partie à cause de lui.»

Quant à savoir pourquoi un professeur universitaire qui a déjà des semaines bien remplies s’échine à révéler aux Québécois les dessous du coup de foudre, la façon de fabriquer de la crème glacée instantanée avec de l’azote liquide ou le pourquoi de l’odeur de la moufette, Normand Voyer n’en fait pas un secret. «Au secondaire, je n’étais pas un élève modèle, mais je voulais devenir scientifique. J’ai persévéré et j’ai pu terminer un doctorat en chimie. En 1988, après avoir travaillé deux ans au siège social de DuPont au Delaware, j’ai choisi de rentrer au Québec pour faire carrière ici. Je voulais redonner à la société qui m’a donné la chance d’étudier en chimie et de réaliser mon rêve. Mon travail de vulgarisateur va dans le même sens. Je veux aider les jeunes à se trouver des passions. Si les sciences les appellent au point qu’ils choisissent d’en faire une carrière, tant mieux parce qu’ils vont découvrir un monde extraordinaire et que la relève scientifique est essentielle à l’avenir du Québec.»