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Volume 53, numéro 16 | 25 janvier 2018

À la une

Dormir vers le podium?

Une intervention pour améliorer le sommeil produit des effets probants sur des patineurs de l'équipe olympique canadienne

Par Jean Hamann

Jonathan Charest suivra avec un intérêt tout particulier les compétitions de patinage de vitesse longue piste lors des Jeux olympiques de PyeongChang. En effet, certains des athlètes qui représenteront le Canada dans cette discipline ont pris part à une expérience qu’il a menée dans le cadre de son doctorat en psychologie et dont l’objectif était de les aider à mieux dormir. «Le sommeil est une composante essentielle, mais souvent négligée, de la préparation et de la performance des athlètes d’élite, constate-t-il. En raison des contraintes imposées par les entraînements, les compétitions, les études et la vie sociale, c’est souvent dans les heures de sommeil que les athlètes coupent en premier. Le résultat est que, exception faite des personnes âgées, les athlètes d’élite font partie des personnes qui dorment le moins.»

Afin de tenter de changer les choses, Jonathan Charest, sa superviseure, Célyne Bastien, de l’École de psychologie et du Centre de recherche CERVO, et les chercheurs de l’Université de Calgary Amy Binder et Charles Samuels ont testé une intervention comportementale sur sept membres de l’équipe nationale de patinage de vitesse. Les participants devaient tenter d’augmenter leur temps quotidien de sommeil en dormant plus longtemps la nuit ou en intégrant une sieste à leur routine quotidienne. Ils devaient aussi respecter un couvre-feu technologique leur interdisant de s’exposer à des écrans produisant une lumière bleue dans l’heure qui précédait le coucher. On leur demandait aussi de porter des lunettes bloquant la lumière bleue deux heures avant d’aller au lit.

Les chercheurs ont demandé aux participants de répondre à des questionnaires évaluant leur humeur et leur sommeil avant le début de l’intervention et deux semaines plus tard. Les résultats, présentés cet automne lors du Congrès mondial du sommeil à Prague, montrent que les athlètes estiment que l’intervention leur permet de s’endormir plus rapidement, de dormir davantage et d’avoir un sommeil plus satisfaisant. Côté humeur, ils se sentent moins fatigués et ils ont plus d’énergie et d’enthousiasme. Les résultats suggèrent aussi une amélioration des performances, mais les différences observées ne sont pas significatives sur le plan statistique. «En deux semaines, on observe un bon changement dans leur sommeil subjectif, ce qui indique que le cerveau des athlètes répond très rapidement à cette intervention», constate Jonathan Charest.

Lui-même ancien athlète – il a participé aux Championnats du monde jeunesse et aux Jeux panaméricains –, le doctorant comprend bien la réalité quotidienne des athlètes d’élite et il sait à quel point la pression de performance peut nuire au sommeil. «Ces athlètes sont entourés d’entraîneurs, de préparateurs physiques et de nutritionnistes, mais personne ne se préoccupe de la dimension sommeil. Pourtant, il s’agit d’un élément essentiel à la récupération, à la prévention des blessures et, conséquemment, à la progression et aux performances des athlètes.»


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La lumière bleue émise par les ordinateurs, tablettes et téléphones intelligents dotés d’un écran DEL perturbe le sommeil. Les patineurs devaient respecter un couvre-feu technologique leur interdisant l’usage de ces appareils dans l’heure précédant le coucher.

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Quelques membres de l'équipe nationale de patinage de vitesse longue piste qui représenteront le Canada aux Jeux olympiques d'hiver ont participé à une intervention visant à améliorer leur sommeil.

Photo: Dave Holland / Patinage de vitesse du Canada

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