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Volume 51, numéro 4 | 17 septembre 2015

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D’un bleuet, deux coups

Des molécules présentes dans le bleuet sauvage inhibent les bactéries responsables des maladies parodontales et réduisent l'inflammation qui y est associée

Par Jean Hamann

Voici une nouvelle qui pourrait redonner le sourire aux personnes aux prises avec une maladie parodontale. Des chercheurs de l’Université Laval démontrent dans le dernier numéro du Journal of Agricultural and Food Chemistry que certaines molécules contenues dans le bleuet sauvage attaquent cette maladie sur deux fronts: elles empêchent les bactéries associées à ces problèmes de s’attacher aux tissus buccaux et elles réduisent l’inflammation.

Les maladies parodontales résultent d’une cascade d’événements enclenchés par certaines bactéries de la bouche. Ces bactéries forment un biofilm sur les tissus buccaux, explique Daniel Grenier, professeur à la Faculté de médecine dentaire et responsable de l’étude. Des cellules immunitaires attaquent ces bactéries et il arrive que la réponse soit telle qu’une inflammation des tissus mous et des tissus osseux de la bouche s’ensuive. «En général, il suffit d’enlever mécaniquement la plaque et le tartre pour que tout rentre dans l’ordre, mais, chez 2% à 4% des patients, ça ne suffit pas et il faut recourir aux antibiotiques, précise le professeur Grenier. Comme un usage abusif d’antibiotiques pourrait entraîner l’apparition de bactéries résistantes, nous cherchons des solutions de rechange du côté des molécules naturelles produites par les plantes. C’est ce qui nous a amenés à tester l’efficacité d’un extrait de bleuet sauvage (Vaccinium angustifolium), un fruit très riche en antioxydants, dans le traitement des maladies parodontales.»

Le professeur Grenier, Amel Ben Lagha, étudiante au doctorat en microbiologie, ainsi que Stéphanie Dudonné et Yves Desjardins, de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, ont évalué l’effet de différentes concentrations d’un extrait de bleuet sauvage enrichi de polyphénols sur Fusobacterium nucleatum, l’une des principales bactéries impliquées dans les maladies parodontales. Leurs résultats indiquent que ces extraits attaquent le problème sur deux fronts. D’abord, ils diminuent la capacité d’adhérence de la bactérie aux tissus buccaux, prévenant ainsi la formation d’un biofilm. Ensuite, ils bloquent certains signaux cellulaires impliqués dans la réaction inflammatoire qui accompagne cette maladie.

Selon Daniel Grenier, cet extrait de bleuet pourrait être incorporé à des gels ou à des pansements que les dentistes appliqueraient sur les tissus buccaux de patients atteints d’une maladie parodontale. Cette approche pourrait réduire le recours aux antibiotiques et prévenir l’apparition de souches bactériennes résistantes. «On pourrait même en ajouter à une gomme à mâcher ou à un rince-bouche pour prévenir cette maladie», ajoute-t-il.

Le chercheur vient d’obtenir des fonds pour déterminer si des extraits de bleuet en corymbe (Vaccinium corymbosum), le gros bleuet cultivé vendu à l’année dans les épiceries, produisent le même effet que ceux de son cousin sauvage. Quant à savoir si on peut espérer obtenir le même effet en mangeant des bleuets entiers, le chercheur se montre prudent. «Pour l’instant, on ignore quelle quantité de bleuets il faudrait manger pour obtenir un effet et si le temps de contact avec les tissus buccaux affectés serait suffisant. Mais, d’ici à ce qu’on le sache, manger des bleuets ne peut pas nuire.»

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L'extrait de bleuet sauvage pourrait être incorporé à des gels ou à des pansements que les dentistes appliqueraient sur les tissus buccaux atteints.

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