Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume 49, numéro 1 | 29 août 2013

À la une

«Écoloquace» impénitent

Les blogues de Contact accueillent un nouvel auteur qui n’a pas la langue dans sa poche: André Desrochers, chercheur au Centre d’étude de la forêt

Par Matthieu Dessureault

Son ton est incisif, sa plume l’est tout autant. Docteur en zoologie de l’Université de Cambridge, le professeur André Desrochers étudie l’écologie de la faune dans les paysages forestiers. Depuis avril dernier, le trublion publie des textes où il n’hésite pas à remettre en cause le message véhiculé par les grands écologistes de ce monde. Entretien.

Pourquoi avoir accepté de tenir un blogue?

Parce que j’ai une grande gueule! Comme bien des gens dans la blogosphère, j’ai envie de m’exprimer. Le blogue est un outil de débat, qui invite les lecteurs à réagir. C’est intéressant de voir les points de vue et les contreparties sur un sujet. Les gens ont une tendance à la pensée unique. Ils s’identifient à un parti ou à une vision. Il faut considérer le point de vue opposé, même si on croit que notre idée est infaillible.

Peut-on porter le chapeau d’environnementaliste sans adhérer au dogme écologiste?

Absolument! Je porte fièrement le chapeau d’environnementaliste, mais je suis aussi un humaniste. J’aime placer l’humain au centre de l’environnement. Ma vision diffère de celle de beaucoup d’environnementalistes, qui traitent l’humain comme un cancer. J’ai rejeté cette idée, que je trouve non constructive. Ça n’enlève rien au fait qu’il y a matière à se préoccuper de l’environnement. Mais si on veut un environnement sain, c’est d’abord et avant tout pour nous qu’on doit le faire. Je pense que c’est un échec monumental du mouvement environnementaliste de ne pas le reconnaître.

En quoi la vision de David Suzuki, Al Gore et compagnie est-elle néfaste?

Ils sont des prêtres de l’autoflagellation. Dès notre jeune âge, on nous apprend dans les cours d’histoire et de société que l’Occidental a tout détruit. Je trouve cette vision terrible, car elle mène à nous complaire dans les cataclysmes. Prenons le cas du réchauffement climatique. Les «réchauffistes» se réjouissent à dire que la planète est en train de se détruire par notre faute. Ils publient des photos de glaciers qui fondent et s’exclament: «Regardez, nous avions raison!» Il y a quelque chose d’un peu maso dans leur discours. Depuis une quinzaine d’années, les températures semblent avoir plafonné. Tout le monde devrait s’en réjouir. Mais curieusement, des alarmistes s’en inquiètent. C’est comme si leur théorie de l’humain destructeur était en train de s’écrouler!

Prôner cette philosophie est-il mal perçu dans le milieu de la science?

Certainement! On m’a collé l’étiquette de «climato-sceptique». À tort, parce que je ne doute pas que le climat connaisse des soubresauts. Je trouve toutefois ironique qu’un scientifique en accuse un autre d’être sceptique. La science est basée sur le scepticisme. Je ne remets pas en question le fait que le soleil se lèvera demain, mais il faut toujours se méfier de l’arrogance de la certitude. Concernant le climat, je trouve que c’est très dangereux la pente sur laquelle la communauté scientifique glisse en ce moment. S’il s’avérait que l’alarmisme n’était pas fondé, la science au complet écoperait et perdrait de la crédibilité auprès de la population.

Quels sont les sujets dont vous aimeriez traiter dans vos prochaines publications?

J’ai récemment écrit un billet sur les éoliennes, un enjeu bourré d’ironies. Il s’agit d’un emblème de la mentalité verte, mais en même temps, il tue des milliers d’oiseaux. Je veux aussi aborder la question de l’accroissement de la population humaine. Combien d’humains devrions-nous être? C’est une question très lourde, mais incontournable. Par ailleurs, la question de la sensibilisation m’intéresse. On dit qu’il faut sensibiliser la population, ce qui me laisse sceptique. Je ne crois pas que les gens manquent d’occasions d’être sensibilisés. Certains refusent tout simplement de l’être.

Matthieu Dessureault

Un amant de la nature pas comme les autres: André Desrochers, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt, partage son bureau avec une martre empaillée.

Photo: Matthieu Dessureault

Écrivez-nous
Partagez
ULaval nouvelles