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Volume , numéro | 4 septembre 2018

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Enfin, un peu de silence

La physiothérapie améliore la condition de certaines personnes aux prises avec des acouphènes

Par Jean Hamann

La physiothérapie pourrait apporter un soulagement des acouphènes chez une partie des personnes aux prises avec cet invalidant problème. C’est ce que démontre une équipe de l’Université Laval, du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) et du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale dans un article qui sera publié dans le Journal of the American Academy of Audiology. Les tests effectués par les chercheurs montrent que la physiothérapie produit une amélioration tangible et soutenue chez la moitié des personnes qui ont participé à l’étude.

Rappelons qu’un acouphène est une sensation auditive qui se manifeste sans qu’il y ait de stimulus sonore extérieur. «Ce problème provient souvent des structures liées à l’audition, mais il peut aussi résulter du mauvais fonctionnement de certains nerfs du cou et de la tête qui se connectent à la même région du système nerveux que le nerf auditif, explique le responsable de l’étude et professeur au Département de réadaptation, Jean-Sébastien Roy. Ce type d’acouphènes, dits somatosensoriels, est fréquemment associé à des problèmes musculaires à la tête et au cou, à des douleurs au cou et à une diminution de la mobilité du cou qui surviennent après un traumatisme ou une maladie. C’est ce qui nous a conduits à tester l’efficacité de la physiothérapie pour traiter les acouphènes.»

Les chercheurs ont soumis 31 adultes souffrant d’acouphènes à 10 traitements de physiothérapie répartis sur 6 semaines. Les participants devaient également faire 3 ou 4 séances d’exercices à la maison chaque semaine. «L’intervention fait appel à des mobilisations thoraciques et cervicales, à du renforcement musculaire, à des étirements et à de l’éducation portant sur la bonne posture. C’est similaire à ce qui est proposé aux personnes qui ont des problèmes au cou ou à la mâchoire», résume le professeur Roy. L’état des participants a été évalué au moment du recrutement, à la fin des séances de physiothérapie et trois mois plus tard.

Résultats? L’évaluation effectuée trois mois après la fin des traitements montre qu’environ la moitié de participants (14 sur 31) rapportaient une amélioration soutenue de leur condition. L’intensité de leurs acouphènes et le dérangement qu’ils leur occasionnaient avaient diminué de moitié. «Ces personnes étaient extrêmement heureuses parce qu’une amélioration de cet ordre fait une énorme différence dans leur vie», commente le professeur Roy.

On estime qu’environ 40% des cas d’acouphènes sont de nature somatosensorielle, mais la physiothérapie n’est pas efficace dans tous les cas. Les analyses des chercheurs ont permis d’isoler les principales caractéristiques des participants pour qui le traitement a apporté un soulagement. Les chances de succès sont plus grandes lorsque les acouphènes sont apparus récemment, que leur intensité n’augmente pas lorsque les sujets sont exposés à un bruit, qu’il n’y a pas d’antécédents familiaux et que la contraction des muscles du cou module l’intensité des acouphènes. «Les audiologistes et les physiothérapeutes peuvent utiliser ces critères afin de mieux cerner les patients pour qui la physiothérapie peut être efficace», souligne le professeur Roy. Cette pratique est maintenant intégrée à l’offre de service en audiologie au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

L’article scientifique est signé par Claudia Côté, Isabelle Baril, Catherine-Ève Morency, Samuel Montminy et Mélanie Couture, du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale, et Jean Leblond, Marianne Roos et Jean-Sébastien Roy, du CIRRIS.

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Entre 4% et 15% de la population adulte doit composer avec des acouphènes persistants. Chez 2,4% de la population, l'intensité des acouphènes a des répercussions importantes sur la qualité de vie.

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