Timide un jour, timide toujours? Pas forcément, mais les enfants chez qui la timidité s’exprime de façon persistante peuvent surtout blâmer leurs gènes. C’est ce qui se dégage d’une étude publiée dans la revue Behavior Genetics par une équipe de l’École de psychologie de l’Université Laval et par des chercheurs montréalais.

La timidité est un trait de personnalité qui apparaît tôt pendant l’enfance, rappelle l’un des auteurs de l’étude, Michel Boivin. Elle est l’expression d’une ambivalence comportementale et émotionnelle qui se manifeste dans un contexte de nouveauté sociale et qui reflèterait un conflit sous-jacent entre les désirs de rapprochement et d’évitement. En vieillissant, la plupart des enfants deviennent plus à l’aise dans un contexte social, mais la timidité subsiste, à divers degrés, chez une partie d’entre eux après leur entrée à l’école.

«La timidité n’est pas un problème de santé psychologique en soi. Par contre, un degré élevé et constant de timidité peut rendre les enfants plus sujets à l’anxiété sociale et aux problèmes qui en découlent», souligne le professeur Boivin. Comme l’école est un milieu particulièrement stressant pour les enfants timides, il est important de bien comprendre ce qui conditionne l’évolution de ce trait pendant le cycle primaire.

Pour ce faire, les chercheurs ont étudié l’évolution de la timidité chez 553 paires de jumeaux monozygotes ou dizygotes entre les âges de 6 et 12 ans. Les enseignants responsables de ces enfants ont rempli à cinq reprises un questionnaire portant sur différentes manifestations de la timidité chez leurs élèves. L’analyse de ces données a permis de départager la part des gènes et de l’environnement dans la stabilité de ce trait.

Tel qu’attendu, la timidité est un caractère plutôt changeant. «Les mesures prises à différents moments sont modérément corrélées (les coefficients de corrélation fluctuent de 0,23 à 0,33). Clairement, il y a du mouvement pendant cette période», commente le professeur Boivin.

Par contre, chez les enfants qui ont constamment des scores de timidité élevés, la stabilité de ce trait est presque totalement attribuable à des facteurs génétiques. «Ces facteurs sont déjà présents à l’âge de 6 et 7 ans et ils persistent dans les évaluations subséquentes. Ils étaient peut-être déjà présents avant que les enfants entrent à l’école.»

Est-ce à dire qu’il n’y a rien à faire pour aider un enfant à vaincre sa timidité chronique? «Non, il y a des interventions qui permettent de faciliter l’adaptation sociale de ces enfants, mais il ne faut pas espérer les transformer en extravertis. Il faut aussi garder à l’esprit que la timidité est un trait de personnalité. Si elle n’a pas de répercussions négatives importantes pour l’enfant, pourquoi voudrait-on modifier ce trait?»

Les auteurs de l’étude parue dans Behavior Genetics sont Geneviève Morneau-Vaillancourt, Ginette Dionne, Bei Feng, Jeffrey Henry, Nadine Forget-Dubois et Michel Boivin, de l’Université Laval, Frank Vitaro et Richard Tremblay, de l’Université de Montréal, et Mara Brendgen, de l’UQAM.