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Volume 54, numéro 1 | 30 août 2018

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Entre trop et pas assez

Une étude révèle certaines lacunes dans l'alimentation des futures mamans

Par Jean Hamann

Les femmes enceintes mangeraient trop au premier trimestre, pas assez au troisième et leurs apports en minéraux et en vitamines seraient parfois insuffisants ou excessifs, constate une équipe de l’Université Laval qui s’est penchée sur l’alimentation des futures mamans. Ces conclusions, publiées dans la revue scientifique Nutrients, suggèrent qu’il reste encore du travail à faire pour s’assurer que l’alimentation pendant la grossesse réponde adéquatement aux besoins de la mère et de son enfant, commente la responsable de l’étude, Anne-Sophie Morisset, professeure à l’École de nutrition.

L’équipe de recherche arrive à ces constats au terme d’une étude à laquelle ont pris part 79 femmes recrutées au CHU de Québec – Université Laval. Les participantes ont accepté de remplir à trois reprises pendant chaque trimestre de grossesse un questionnaire en ligne portant sur leur alimentation au cours des 24 heures précédentes. Elles devaient aussi répondre, chaque trimestre, à un questionnaire en ligne portant sur la prise de suppléments alimentaires. Ces données ont ensuite été comparées aux besoins alimentaires des femmes enceintes établis à partir des recommandations de Santé Canada et de son pendant américain, l’Institute of Medicine.

L’analyse des données révèle que, contrairement aux recommandations qui préconisent une augmentation énergétique de 340 calories au 2e trimestre et de 452 calories au 3e trimestre, l’apport calorique des participantes est demeuré stable pendant toute la grossesse. En moyenne, l’apport calorique dépassait de 180 calories par jour les besoins estimés pendant le premier trimestre, alors qu’il était déficitaire de 250 calories par jour au troisième trimestre. Du côté des protéines, la consommation de la majorité des participantes (95%) dépassait les recommandations au premier trimestre. Enfin, plus de la moitié des répondantes consommaient trop de lipides pendant toute leur grossesse et 85% avaient un apport insuffisant en fibres.

Par ailleurs, Santé Canada recommande aux femmes enceintes un apport nutritionnel plus élevé pour la plupart des micronutriments. Elle estime toutefois qu’une alimentation adéquate permet d’atteindre les valeurs recommandées, exception faite de l’acide folique et du fer pour lesquels elle encourage la prise de suppléments. Dans l’étude, plus de 80% des participantes prenaient une multivitamine. «Malgré cela, 20% des femmes avaient un apport insuffisant en vitamine D, constate la professeure Morisset. La prise de suppléments a contribué à l’atteinte des apports quotidiens recommandés pour plusieurs vitamines et minéraux. C’est donc bien d’en prendre, mais nous avons toutefois noté qu’il y avait un risque de surconsommation d’acide folique et de fer.»

En général, pendant la grossesse, 50% des femmes prennent trop de poids, alors que 15% n’en prennent pas assez, constate Anne-Sophie Morisset. «Nous tentons de mieux comprendre les facteurs qui interviennent dans les comportements alimentaires des femmes enceintes afin de fournir un suivi nutritionnel et multidisciplinaire adéquat à celles qui sont à risque sur le plan de la santé. Il y a beaucoup d’information, pas toujours cohérente, qui circule sur l’alimentation pendant la grossesse et il est difficile de faire la part des choses. Dans un monde idéal, chaque femme devrait avoir au moins une rencontre avec une nutritionniste en début de grossesse.»

L’étude publiée dans Nutrients résulte d’une collaboration entre l’École de nutrition, la Faculté de médecine, le Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels et l’Université d’Ottawa. L’article est signé par Claudia Savard, Simone Lemieux, S. John Weisnagel, Bénédicte Fontaine-Brisson, Claudia Gagnon, Julie Robitaille et Anne-Sophie Morisset.

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En général, pendant la grossesse, 50% des femmes prennent trop de poids, alors que 15% n'en prennent pas assez. «Il y a beaucoup d'information, pas toujours cohérente, qui circule sur l'alimentation pendant la grossesse et il est difficile de faire la part des choses», reconnaît la professeure Anne-Sophie Morisset.

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