Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume , numéro | 21 novembre 2018

Recherche

Épauler l’épaule

L'application de ruban kinésiologique modifie une composante mécanique de cette articulation

Par Jean Hamann

Accroissement du soutien anatomique, amélioration de la circulation sanguine, modulation des signaux proprioceptifs, effet placebo, les hypothèses avancées pour expliquer le mode de fonctionnement du ruban kinésiologique (ou K-tape) sont nombreuses, mais il existe bien peu d’études scientifiques pour les appuyer. Une équipe du Département de réadaptation et du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation et réintégration sociale (CIRRIS) vient de publier dans Clinical Biomechanics une étude démontrant qu’un taping bien fait modifie la distance entre deux structures osseuses qui entrent en jeu dans les douleurs de l’épaule.

L’équipe dirigée par le professeur Jean-Sébastien Roy a recruté 22 personnes souffrant d’une tendinopathie chronique de la coiffe des rotateurs. «Il s’agit d’un terme qui regroupe les tendinites ou les bursites de l’épaule, explique le professeur Roy. Chez les gens qui en souffrent, la distance entre la tête de l’humérus (l’os du bras) et l’acromion (le prolongement externe de l’omoplate) est réduite lorsqu’ils lèvent le bras, ce qui pincerait les muscles et les tendons qui se trouvent dans cet espace.»

À l’aide d’un scanneur à ultrasons, les chercheurs ont donc mesuré la distance humérus-acromion chez chacun des participants avant et après l’application de ruban kinésiologique. Résultats? Cette distance reste inchangée lorsque le bras est au repos, mais elle augmente de 11% lorsque le bras est levé à un angle de 60 degrés. «Cette augmentation est de l’ordre de 1 mm, ce qui semble bien peu, mais comme cet espace est déjà petit – environ 9 mm –, ça pourrait être suffisant pour produire un effet.»

Les chercheurs ont aussi testé l’idée que le ruban modifiait la proprioception de l’épaule. Pour ce faire, ils ont placé le bras de chaque participant à un angle mesuré à l’aide d’un senseur sans fil. Le sujet devait ensuite mettre son bras au repos le long de son corps et le repositionner dans l’angle où il se trouvait précédemment. L’application de ruban kinésiologique n’a eu aucun effet sur les écarts entre l’angle initial et l’angle reproduit, ce qui suggère que le ruban n’a pas d’effet sur cette composante de la proprioception. «Il est toutefois possible que le ruban ait un effet neuroproprioceptif au niveau des informations sensorielles acheminées au cerveau et qu’un meilleur recrutement musculaire s’ensuive», précise Jean-Sébastien Roy.

Le recours au ruban kinésiologique est une intervention très populaire pour les problèmes musculosquelettiques, même s’il existe très peu de données probantes démontrant son efficacité. «Notre étude, tout comme la plupart des études existantes, a testé l’effet immédiat de l’application du ruban kinésiologique, souligne le professeur Roy. Depuis, nous avons mené une autre recherche sur l’efficacité à long terme de cette intervention et les résultats seront publiés prochainement.»

Les auteurs de l’étude parue dans Clinical Biomechanics sont Fábio Carlos Lucas de Oliveira, Benoit Pairot de Fontenay, Laurent J. Bouyer et Jean-Sébastien Roy.

taping-cr-labo

L'application de ruban kinésiologique a permis une augmentation de 11% de la distance entre deux structures osseuses qui entrent en jeu dans les tendinites et les bursites à l'épaule.

Photo: Fábio Carlos Lucas de Oliveira

Écrivez-nous
Partagez
ULaval nouvelles