Il fut une époque pas si lointaine où militer pour un parti politique au Québec revenait à effectuer des choses aussi simples qu’exigeantes telles que poser des affiches pour son candidat dans les rues. En période d’élection, le militant faisait du porte-à-porte pour encourager le candidat de sa circonscription. La journée du scrutin, il appelait les électeurs qui tardaient à se présenter au bureau de vote pour s’assurer qu’ils iraient bien voter.

Les choses ont bien changé aujourd’hui: le nombre de militants a chuté et les partis politiques essaient d’ajuster le tir pour faire face à cette baisse. Le militant politique traditionnel serait-il en voie de devenir une espèce menacée? C’est la question que posera Éric Montigny, chargé de cours au Département de science politique et adjoint du titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, lors d’une conférence qui aura lieu le 17 octobre, à 17h, au local 1334 du pavillon La Laurentienne.

«Depuis quelques années, des chercheurs tentent de comprendre le déclin de la participation électorale, mais plus rares sont ceux qui tentent de cerner le déclin du militantisme traditionnel au sein des partis politiques, explique Éric Montigny. Pourtant, il serait logique de relier ces deux phénomènes. Le déclin de la participation s’accompagne d’une baisse sérieuse de la propension à appartenir à une famille politique.»

Selon Éric Montigny, les militants se tournent de plus en plus vers d’autres formes de militantisme. «Avant, c’était l’identification partisane qui primait, dit-il. Aujourd’hui, on va militer davantage au sein d’un parti pour un enjeu précis, comme l’environnement, par exemple. Cela se traduit également par un engagement qui ne se limite pas à un parti et qui peut se faire dans des groupes d’intérêt ou des mouvements dont les luttes visent un enjeu particulier.»

Ces nouvelles formes d’engagement ont des conséquences: les partis voient leurs membres, leurs militants actifs et leurs contributeurs diminuer. Avec le vieillissement de la population, les membres sont également de moins en moins disponibles pour effectuer certaines tâches autrefois bénévoles. «Lorsqu’il se présente à une élection, un candidat a besoin de financement, de publicité et de la liste des électeurs potentiels en vue de la journée du vote, souligne Éric Montigny. Sur ces trois fronts, il y a eu des changements auxquels les partis politiques tentent de s’adapter.»

Par exemple, sur le plan publicitaire, les plus grands partis ont maintenant recours à des firmes professionnelles pour effectuer l’affichage électoral. Le porte-à-porte a été remplacé par le pointage téléphonique. Ainsi, il n’est pas rare que des gens reçoivent un appel anonyme provenant d’un «robot» leur demandant si tel ou tel parti peut compter sur leur vote.

«De plus en plus, les partis politiques tenteront de combler le déclin du militantisme traditionnel par une utilisation ciblée des nouvelles technologies, soutient Éric Montigny. Les partisans seront-ils désormais plus présents sur les médias sociaux que dans les instances partisanes? Est-ce que twitter, c’est militer?»