Avez-vous déjà ressenti des étourdissements après vous «être levé trop vite», comme on dit dans le langage courant? Pour des raisons encore inconnues, ce phénomène frapperait davantage les femmes que les hommes, du moins avant la ménopause. Une équipe de la Faculté de médecine et du Centre de recherche de l’Institut universitaire en cardiologie et en pneumologie de Québec (CRIUCPQ) pourrait avoir mis le doigt sur un des mécanismes en cause. Dans une étude publiée dans Physiological Reports, ces chercheurs rapportent que les vaisseaux sanguins cérébraux des femmes répondraient moins bien à la baisse de pression sanguine survenant à la suite d’un changement rapide de la position du corps.

Les chutes importantes de pression artérielle qui surviennent lorsque l’on passe de la position couchée ou assise à la position debout sont, dans le langage médical, des manifestations d’hypotension orthostatique. «Le passage à la position debout fait que, par gravité, une partie du volume sanguin se déplace vers les jambes, explique le professeur Patrice Brassard, du Département de kinésiologie. Il en résulte une baisse transitoire de la pression artérielle qui se traduit notamment par une diminution du débit sanguin au cerveau.»

Il existe des mécanismes compensateurs pour rétablir le débit sanguin, notamment la vasoconstriction des vaisseaux en périphérie (un rétrécissement du diamètre des vaisseaux sanguins des bras et des jambes), la hausse de la fréquence cardiaque et la vasodilatation des vaisseaux du cerveau. «Il faut toutefois quelques secondes avant que ce mécanisme au cerveau s’enclenche, précise le professeur Brassard. Chez certaines personnes, cette réponse est plus lente, mais on ne comprend pas encore très bien pourquoi.»

Pour creuser la question, l’équipe de Patrice Brassard a étudié ce phénomène chez 11 jeunes femmes en bonne forme physique âgées en moyenne de 25 ans, et chez un groupe comparable de 11 hommes. Les sujets devaient d’abord s’asseoir pendant 10 minutes pendant que les chercheurs mesuraient leur pression artérielle et la vitesse du flot sanguin dans une artère de leur cerveau à l’aide d’un appareil d’ultrasonographie Doppler. Les participants devaient ensuite se lever et rester sur place pendant cinq minutes sans bouger leurs jambes ni contracter les muscles du bas du corps.

Résultats? En position assise, les deux groupes avaient une pression artérielle moyenne identique, mais la vitesse du flot sanguin cérébral était de 75 cm/s chez les femmes contre 61 cm/s chez les hommes. Dans les 15 premières secondes suivant le passage à la position debout, la baisse de pression artérielle était similaire dans les deux groupes, mais la diminution de la vitesse du flot sanguin était presque deux fois plus grande chez les femmes (baisse de 20 cm/s contre 11 cm/s chez les hommes).

«Nos analyses indiquent que le délai moyen avant que les mécanismes de régulation entrent en action est de sept secondes chez les femmes contre quatre secondes chez les hommes. Les femmes prennent donc plus de temps à ramener le débit sanguin cérébral à sa valeur initiale», résume le professeur Brassard.

Cette étude réalisée chez des personnes en bonne santé pourrait aider à mieux comprendre les mécanismes d’autorégulation cérébrale chez certaines populations risquant de faire de l’hypotension orthostatique, notamment les diabétiques et les personnes âgées. D’ici à ce que l’on en sache plus, y a-t-il quelque chose à faire pour prévenir ces étourdissements? «Il faut évidemment éviter de se lever trop rapidement et s’assurer que l’on peut s’appuyer quelque part advenant un malaise, conseille Patrice Brassard. De plus, une étude menée aux Pays-Bas a démontré que le fait de contracter les muscles de l’abdomen et du bas du corps pendant 30 secondes avant de se lever réduisait le risque d’hypotension orthostatique.»

Les auteurs de l’étude parue dans Physiological Reports sont Lawrence Labrecque, Kevan Rahimaly, Sarah Imhoff, Myriam Paquette, Olivier Le Blanc, Simon Malenfant, Audrey Drapeau et Patrice Brassard, de la Faculté de médecine et du CRIUCPQ, Jonathan Smirl, de l’University of British Columbia, et Damian Bailey, de l’University of South Wales.