Lorsqu’il est question de nourriture et d’érable, de joyeuses images de sirop, de tire et de sucre viennent aussitôt à l’esprit. À cette liste, faudra-t-il un jour ajouter l’écorce d’érable? On pourrait le croire à en juger par un article que des chercheurs de l’Université Laval viennent de publier dans la revue Plant Foods for Human Nutrition.

On sait depuis longtemps que certaines nations amérindiennes utilisaient l’écorce d’érable dans la préparation de tisanes ou de décoctions servant à soulager différents problèmes de santé. D’ailleurs, jusqu’à présent, les études réalisées sur l’écorce de cet arbre ont surtout exploré le potentiel pharmaceutique de ses composés. Mais y a-t-il quelque chose à en tirer sur le plan de l’alimentation humaine?

Pour explorer la question, Sagar Bhatta et Tatjana Stevanovic, du Département des sciences du bois et de la forêt et de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, Cristina Ratti, du Département des sols et de génie agroalimentaire, et Patrice Poubelle, de la Faculté de médecine, se sont intéressés au contenu nutritionnel de l’écorce de l’érable à sucre et de l’érable rouge. Les chercheurs ont fait macérer des morceaux d’écorce de ces deux espèces dans de l’eau chaude pendant une heure et ils ont caractérisé les extraits ainsi obtenus.

Leurs analyses ont révélé la présence de polyphénols ayant des propriétés antioxydantes. «Il s’agit des mêmes polyphénols que ceux retrouvés dans les fruits ou les légumes, souligne Tatjana Stevanovic. L’abondance de ces molécules est particulièrement élevée chez l’érable rouge.» De plus, ces extraits sont riches en protéines et en sucres et on y trouve aussi des minéraux tels que le potassium, le calcium, le magnésium, le phosphore, le sodium, le fer et le cuivre.

Les tests de toxicité menés sur des cultures de cellules humaines ont montré que ces extraits étaient inoffensifs jusqu’à des concentrations relativement élevées. «Il s’agit de résultats encourageants bien qu’il faudrait faire une démonstration plus poussée de l’innocuité de ces extraits avant de les utiliser dans l’alimentation humaine», reconnaît la chercheuse.

Présentement, l’écorce d’érable est un résidu de l’industrie du sciage que l’on brûle pour produire de l’énergie. «Je crois fermement qu’il y aurait un intérêt à valoriser cette ressource avant de la brûler, souligne la professeure Stevanovic. Nos résultats suggèrent qu’on pourrait en tirer des molécules destinées à des aliments fonctionnels enrichis en polyphénols, en polysaccharides ou en minéraux. L’un des projets envisagés est d’ailleurs la production de sucre d’érable enrichi d’extraits d’écorce de cet arbre.»