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Volume 47, numéro 7 | 13 octobre 2011

Société

De Facebook aux Misérables

Une équipe de physiciens propose un mécanisme universel pour modéliser la structure de tout type de réseaux

Par Chloé Gwinner

Saviez-vous que Facebook, Internet, les connexions neuronales et les réseaux ferroviaires possèdent des propriétés universelles quasi identiques? C’est en tout cas ce que soutient Laurent Hébert-Dufresne, un jeune physicien de 24 ans, qui vient de publier dans la prestigieuse revue Physical Review Letters. Depuis deux ans, le doctorant et d’autres étudiants membres de l’équipe du professeur Louis J. Dubé, du Département de physique, de génie physique et d’optique, tentent de percer le mystère de la structure des réseaux. Leur but: expliquer comment s’organise et se développe tout type de réseaux.
   
La science des réseaux est une discipline relativement jeune. À grand renfort d’équations compliquées, les scientifiques tentent de donner un sens à ces enchevêtrements tentaculaires d’interconnexions anarchiques. Des chercheurs ont déjà mis en lumière la loi de l’«attachement préférentiel», selon laquelle les contacts attirent les contacts. En d’autres termes, un individu aura tendance à se tourner davantage vers ses semblables les mieux connectés, par exemple un membre populaire d’un réseau social ou un acteur de cinéma.
   
L’idée novatrice avancée par Laurent Hébert-Dufresne consiste à observer les réseaux non plus à l’échelle des individus ou des éléments qui les composent, mais de s’en éloigner pour regarder les interactions entre communautés. C’est à la lumière de cette nouvelle perspective que le groupe de recherche a pu établir un mécanisme universel permettant de modéliser la structure de ces réseaux et de leur évolution. Le professeur Dubé, qui supervise le projet depuis le début, est plus qu’enthousiaste. «On a mis le doigt sur quelque chose de nouveau, assure-t-il. Un nouveau paradigme? Reste à voir.»
   
Cette théorie pourrait être appliquée au domaine de l’épidémiologie. Une meilleure compréhension de la structure et de l’évolution des réseaux permettrait de mieux appréhender la propagation des maladies infectieuses. «Imaginons qu’une épidémie se déclare à Québec. Une bonne connaissance de la structure des réseaux permettrait de limiter la propagation de la maladie en question», déclare Louis J. Dubé. Le chercheur espère mettre en place des collaborations avec des laboratoires à l’étranger. Des médecins chercheurs de l’Imperial College de Londres ont déjà manifesté leur intérêt pour développer un projet commun sur la propagation du VIH en Inde et en Afrique.
   
Leur modèle pourrait intéresser bien d’autres domaines. En marketing par exemple, les publicitaires seraient capables de déterminer à quel endroit du réseau diffuser l’information pour qu’elle atteigne le plus grand nombre. Le groupe du professeur Dubé s’est même penché sur la littérature et a cartographié les connexions reliant les personnages des Misérables de Victor Hugo. «On peut également dessiner un réseau à partir de la fréquence d’apparition des mots dans un roman, explique le professeur Dubé. On pourrait alors observer le changement de style d’un auteur au fil des années ou encore comparer des auteurs étrangers entre eux.»

Laurent Hébert-Dufresne

Les chercheurs ont utilisé leur modèle pour cartographier les connexions reliant les personnages des Misérables de Victor Hugo.

Photo: Laurent Hébert-Dufresne

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