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Volume 53, numéro 19 | 15 février 2018

Société

Facettes de la pauvreté

Une étude révèle que les probabilités d'entrée et de sortie de la pauvreté varient notamment selon la composition d'un ménage, la scolarité et les caractéristiques sociodémographiques

Par Yvon Larose

Marie-Pier Bernard, étudiante à la maîtrise en économique, a été la première chercheuse à prendre le micro, le vendredi 9 février à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins, durant la Journée d’économie appliquée 2018. Cette activité était organisée notamment par le Centre de recherche en économie de l’environnement, de l’agroalimentaire, des transports et de l’énergie.

La présentation de l’étudiante était tirée de son mémoire, lequel porte sur les entrées et les sorties de la pauvreté au Québec et en Ontario. Elle mène sa recherche sous la direction des professeurs Guy Lacroix et Luc Bissonnette, du Département d’économique. Elle a reçu le soutien de la Chaire de recherche Industrielle Alliance sur les enjeux économiques des changements démographiques ainsi que de Statistique Canada. Statistique Canada a rendu possible l’accessibilité à des microdonnées anonymisées sur plus de 10 000 Canadiens, couvrant une trentaine d’années, jusqu’en 2012. Dans son échantillon couvrant le Québec et l’Ontario, elle n’a pas tenu compte des 25 ans et moins. Le revenu total familial lui a servi de variable pour la mesure de la pauvreté. Enfin, différents scénarios d’entrée et de sortie de la pauvreté ont été analysés.

«L’analyse des données indique que le fait d’être en couple constituerait un avantage pour sortir de la pauvreté en raison des deux revenus et parce que la vie de couple entraîne une plus grande stabilité financière, explique Marie-Pier Bernard. La probabilité de sortie de la pauvreté augmenterait de 78% et la probabilité d’entrer dans la pauvreté diminuerait de 49%. Dans le même sens, quoique dans une moindre mesure, le fait d’avoir des enfants augmenterait de 23% la probabilité de sortie de la pauvreté. Cette réalité aurait pour effet la réduction de 15% de la probabilité d’y entrer.»

La scolarité est une autre variable significative. «Les statistiques, dit-elle, démontrent qu’un diplôme d’études supérieures permet un revenu plus élevé.» En effet, plus une personne est scolarisée, plus est faible la probabilité qu’elle entre en situation de pauvreté, et plus est élevée la probabilité d’en sortir. Les calculs de Marie-Pier Bernard indiquent que la probabilité de sortir d’une situation de pauvreté augmente de 23,7% pour un diplômé de niveau secondaire, mais s’élève à 82,8% pour un diplômé de niveau universitaire.

Marie-Pier Bernard a également mesuré la variable de la durée dans une situation de pauvreté. Constat: plus une personne passe d’années consécutives dans la pauvreté, plus la probabilité d’en sortir diminue. Ainsi, une personne en situation de pauvreté depuis deux ans a 30% de chances de demeurer dans la pauvreté. Après cinq ans, la probabilité monte à 49%. Et après dix ans, elle atteint 76%.

«En ce qui concerne les résultats, je n’ai pas été en mesure de déceler une différence significative entre le Québec et l’Ontario, conclut la chercheuse. Les résultats suggèrent que la composition d’un ménage, la scolarité, les caractéristiques sociodémographiques ainsi que les antécédents en matière de pauvreté influencent les transitions dans la pauvreté.»

La pauvreté a de multiples visages. On trouve des personnes pauvres autant chez les jeunes que chez les aînés. On peut basculer dans la pauvreté à la suite d’une mise à pied. On peut travailler au salaire minimum et avoir du mal à joindre les deux bouts. Travailleurs à temps partiel, mères monoparentales, bénéficiaires de l’aide sociale, la pauvreté toucherait plus de 800 000 personnes au Québec. Le seuil de pauvreté est établi à moins de 18 000$ par année pour une personne vivant seule.

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