Que se passe-t-il lorsque vous fouillez de fond en comble la plus vieille tourbière du Québec et la deuxième plus grande tourbière située au sud du Saint-Laurent? Il en sort du neuf, si l’on en juge par les deux articles publiés dans les revues Écoscience et Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology par une équipe du Département de géographie et du Centre d’études nordiques.

Le professeur Martin Lavoie, l’étudiant-chercheur Julien Colpron-Tremblay, la professionnelle de recherche Élisabeth Robert et leurs collègues Stéphanie Pellerin (U. de Montréal) et Marie Larocque (UQAM) ont sondé les entrailles de ces deux tourbières afin d’en reconstituer l’histoire au fil des millénaires. D’un côté, la petite tourbière de Covey Hill, la doyenne québécoise avec ses 13 000 ans bien sonnés, située à 65 km au sud de Montréal, à cheval sur la frontière canadienne. De l’autre, la Grande plée Bleue, une vaste tourbière de 9500 ans, jamais exploitée, située dans la partie sud de la municipalité de Lévis.

L’analyse de carottes de sédiments prélevées dans chacun de ces sites révèle qu’elles ont connu des destins bien différents. La Grande plée Bleue a un couvert végétal pratiquement inchangé depuis 8300 ans. Ses 4,5 mètres de tourbe se sont accumulés à un rythme presque constant au fil des siècles. «Sa flore actuelle ressemble à celle qui existait il y a plus de huit millénaires. Elle semble figée dans le temps», commente le professeur Lavoie.

À l’opposé, la tourbière de Covey Hill a connu d’importantes fluctuations dans sa composition floristique et dans le taux d’accumulation de la tourbe. Même si la région jouit d’une température plus chaude que celle de Lévis, l’épaisseur du dépôt de tourbe n’y est que de 3,5 mètres. «La tourbière est située dans un petit bassin versant et les variations de température ont probablement eu un plus grand effet sur le niveau de la nappe phréatique, sur les espèces végétales qui y poussent et sur la décomposition de la végétation», souligne le chercheur.

Contrairement aux vastes tourbières qui semblent imperturbables, les tourbières de superficie restreinte, situées dans de petits bassins versants, semblent réagir plus fortement et plus rapidement aux variations climatiques, constate-t-il. «Notre hypothèse est que les petites tourbières contiennent plus d’information que les grandes sur les changements climatiques survenus au fil des siècles et c’est de leur côté qu’on devrait se tourner pour reconstituer l’évolution du climat. Par ailleurs, les efforts de conservation de ces milieux naturels devraient tenir compte de la valeur particulière des petites tourbières comme archives biologiques.»