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Volume 52, numéro 19 | 16 février 2017

Arts

Fatales apparitions

L'exposition Monstrum in Fronte explore la figure du monstre, cet être à la fois fascinant et dérangeant

Par Renée Larochelle

Depuis des temps immémoriaux, les monstres et ce qui gravite autour de ces figures d’un autre monde exercent un mystérieux attrait sur les êtres humains. Les historiennes de l’art Michelle Drapeau et Sevia Pellissier ont bien senti qu’il y avait là un excellent thème autour duquel organiser une exposition. Dès le mois d’octobre, les deux jeunes commissaires de cette exposition se sont ainsi mises à la recherche d’oeuvres d’art en lien avec le thème du monstre. Elles ont sélectionné 14 artistes de la relève de Québec – dont 7 sont étudiants à l’École des arts visuels – et les ont jumelés avec 10 étudiants et étudiantes en histoire de l’art, qui ont eu pour tâche de rédiger les textes figurant dans le catalogue de l’exposition. Il en résulte l’exposition Monstrum in Fronte, qui signifie en latin «monstrueux en apparence», présentée jusqu’au 25 février à la salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins.

«La thématique du monstre intéresse tout le monde et a le mérite de se prêter à de multiples interprétations, explique Michelle Drapeau, candidate à la maîtrise en histoire de l’art. Nous souhaitons engager le visiteur dans une mise en relation entre ses propres conceptions du monstre et des représentations diversifiées de l’exposition, qui comportent des tableaux, des dessins, des estampes, des installations, des sculptures et des vidéos.»

Catherine Robitaille présente une installation ayant pour titre In Limbo, expression renvoyant aux limbes, cet espace indéfini où, dans la croyance catholique, allaient les enfants décédés avant d’avoir été baptisés. Sa délicate installation est faite de petites maisons construites avec des branches en suspension dans l’espace. Dans l’une de ces maisons repose un petit personnage étrange à la figure bleutée, couché dans un cercueil, mais qui pourrait bien être vivant…

«Symboliquement, la maison représente le soi, l’intérieur, le nid dans lequel on peut trouver la paix. Mais les branches mortes symbolisent en même temps la précarité et l’instabilité de l’être», dit Catherine Robitaille, qui ne cache pas vouloir panser certaines blessures à l’âme à travers sa pratique artistique. Au-dessus de l’une de ces fragiles habitations pend une dent humaine, indice pouvant laisser croire qu’il s’agit en réalité d’un mauvais rêve ou encore de la peur de vieillir et de mourir, selon la symbolique des rêves, souligne Claudie Maynard dans son texte accompagnant l’oeuvre. Claudie Maynard signe également le texte L’étrange théâtre du songe, titre de la vidéo réalisée par Gabriel Lapointe. Dans un paysage progressivement envahi par la brume, on voit un personnage faire la rencontre d’un ange, puis d’un vampire. Devant cette vision fantasmagorique, le visiteur se pose invariablement la question «Qu’est-ce qui nous fait peur dans la vie?».

Pour sa part, Charles Robichaud Greit présente une sculpture qui, selon l’angle d’où on la regarde, change de forme et, ainsi, de sens. Cette figure de bronze est-elle en train de se liquéfier ou de se multiplier?, interroge Julien St-Georges Tremblay dans le texte accompagnant cette oeuvre intitulée Les diverses faces de l’homme, qui illustre une métaphore sculpturale de la peur. «Entre le zombie, le tueur en série ou le monstre des marais, la forme humanoïde de Greit est immobilisée en pleine course. Pourquoi cette chose court-elle?», écrit-il.

Connaissez-vous Snorlax? Dans l’univers des monstres de poche, il s’agit d’un gentil petit Pokémon parfaitement inoffensif qui passe son temps à dormir, en bon paresseux qu’il est. Le tableau Capere Omnes (Attrapez-les tous) d’Annick Tremblay nous montre toutefois un Snorlax métamorphosé en une bête imprévisible qu’essaient tant bien que mal de mater deux jeunes dresseurs. «Une surprise terrifiante de découvrir ce Pokémon sous un tel angle», souligne Julien St-Georges Tremblay.«Un moment monstrueux où l’humain est en perte de repères, enchaîne-t-il. Notre espèce se croit invincible et Snorlax, aussi ridicule que ça puisse paraître, nous rappelle que c’est faux.»

Les heures d’ouverture de l’exposition sont de 9h à 16h30, du lundi au vendredi, et de 12h à 16h, le samedi. Le vernissage aura lieu le 16 février à 19h.

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Loriane Thibodeau, Le Roi des Licornes

Photo: Marc Robitaille

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