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Volume 48, numéro 26 | 18 avril 2013

Actualités UL

Féministe en veston rose

Il n’y a pas de salut pour les femmes hors de la laïcité, estime la politicienne québécoise d’origine algérienne Djemila Benhabib

Par Renée Larochelle

Djemila Benhabib arrive avec quelques minutes de retard. Arborant un pantalon sexy et un décolleté plongeant, l’auteure de Ma vie à contre-Coran offre d’abord ses excuses aux étudiants venus l’entendre en ce midi du 12 avril dans un amphithéâtre bondé du pavillon Charles-De Koninck. En effet, elle a su le matin même qu’elle était finaliste au prix de littérature Gérald-Godin pour son dernier livre, Des femmes au printemps. Des appels de journalistes l’ont retardée.

L’ouvrage, qui traite du rôle des citoyennes du Moyen-Orient pendant le Printemps arabe de 2011, lui a permis d’être finaliste au prix Simone-de-Beauvoir 2013. Cette distinction est décernée à Paris par un jury international à des personnes ou des associations qui défendent les droits des femmes.

Invitée par le Parti québécois de l’Université à venir parler de féminisme et de laïcité, Djemila Benhabib raconte les moments marquants de sa vie. En 1994, elle quitte l’Algérie pour la France après la condamnation à mort de toute sa famille par le Front islamique du jihad armé. Déçue par la France, elle se cherche un pays. Ce pays, Djemila Benhabib le trouve au Québec, en 1997, à l’âge de 25 ans.

«Je voulais une démocratie occidentale où il faisait bon vivre pour les femmes», dit cette titulaire d’une maîtrise en physique qui a été reconnue comme réfugiée politique à son arrivée au Québec. «Ma tête était libre depuis tant d’années, mais pas mon corps. Ici, je me suis sentie complètement libre.»

Le 11 septembre 2001 est venu briser cette belle sérénité. «Moi qui avais fui l’intégrisme musulman, je réalisais qu’il était toujours présent, souligne cette Trifluvienne d’adoption. Les tentacules de cette internationale islamiste étaient capables de frapper au cœur de la première puissance du monde. Dans les jours qui ont suivi, je me suis rendue à New York pour prendre le pouls de la ville. Un véritable cauchemar.»   

Autre événement ayant fortement secoué Djemila Benhabib: les auditions de la Commission Bouchard-Taylor, créées en 2007 pour examiner les questions liées aux accommodements raisonnables basés sur des motifs culturels ou religieux. «Lorsque j’ai vu des centaines de Québécois défiler pour dire leur inquiétude de ce retour du religieux dans l’espace public, je me suis dit que je devais réagir. Je n’étais pas venue au Québec pour revivre ce que j’avais vécu en Algérie.» 

Cette réflexion s’est poursuivie dans Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident, paru en 2011 chez VLB éditeur. Dans cet essai, Djemila Benhabib dénonce l’école de pensée multiculturaliste encouragée par Québec solidaire. Elle estime tout aussi inquiétante la position de la Fédération des femmes du Québec qui souhaite s’engager dans la voie de la compromission avec l’islamisme. Cette fédération est gangrenée par les lobbys islamistes, allègue-t-elle.

«Les droits des femmes ne sont rien sans la laïcité, conclut la conférencière. Ces droits ont commencé à exister quand il y a eu une nette séparation entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Il faut être fidèle aux luttes des Québécois qui ont contribué à façonner le Québec, tel qu’il existe aujourd’hui. Nous avons des acquis en matière de droits des femmes. Il faut les conserver.» 

Marc Robitaille

Djemila Benhabib de passage à l'Université Laval le 12 avril dernier.

Photo: Marc Robitaille

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