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Volume 54, numéro 3 | 13 septembre 2018

Actualités UL

Figures marquantes de la politique québécoise

En pleine campagne électorale, les livres de deux professeurs reviennent sur des moments forts de la vie politique québécoise

Par Pascale Guéricolas

Bourassa et Lévesque: marketing de raison contre marketing de passion, d’Alain Lavigne, professeur en communication publique, ainsi que La révolution dans l’ordre: une histoire du duplessisme, de Jonathan Livernois, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma, permettent aux lecteurs de prendre un peu de recul en ces temps de campagne électorale intense.

Le livre d’Alain Lavigne revient d’ailleurs sur un moment politique particulier, à savoir le premier affrontement par urnes interposées entre le tout jeune Robert Bourassa et le bouillant René Lévesque, le 29 avril 1970. Abondamment illustré en images de matériel de campagne – du bock de bière à l’affiche partisane, en passant par les caricatures –, le livre publié chez Septentrion décortique la machine électorale des principaux partis en lice pour ces élections.

Première surprise pour l’électeur de 2018, cette campagne presque quinquagénaire a beaucoup d’éléments en commun avec les courses électorales actuelles. Prenez le candidat libéral au poste de premier ministre, Robert Bourassa, élu au début de 1970 à la tête de son parti. Ses discours et son programme découlent des résultats d’une enquête de marché très détaillée, tout comme le seront ceux de ses successeurs dans les décennies suivantes. La promesse de créer 100 000 emplois et le slogan «Québec au travail» reflètent ainsi directement les préoccupations des citoyens sondés face à la progression du chômage.

Le Parti libéral mise aussi beaucoup sur la télévision pour faire connaître son candidat, moins charismatique en public que son adversaire péquiste. «Les équipes libérales filment des débats entre électeurs sur des plateaux de télévision loués, puis elles envoient ces cassettes aux stations régionales, qui les diffusent souvent, explique le professeur au Département d’information et communication. Cela permet de mieux contrôler le message.»

Autre surprise pour l’auteur, la découverte que le tout nouveau Parti québécois dispose aussi d’un plan de travail assez élaboré pour ce premier affrontement électoral.

Avec des moyens financiers bien moindres que ceux des libéraux, les stratèges du Parti québécois appliquent les mêmes règles de base du marketing politique, qu’il s’agisse de publicité, de messages radio ou d’événements publics. La réponse enthousiaste des militants, surtout des jeunes, permet d’ailleurs de donner une bonne visibilité au Parti québécois. Le seul problème, c’est le chef! Homme de convictions, René Lévesque refuse de se plier aux diktats de ses conseillers, qui aimeraient bien qu’il soit un peu mieux coiffé et vêtu… La lecture du livre d’Alain Lavigne rappelle donc que la construction de l’image d’un candidat, tout comme le fait de cibler un certain type d’électeurs par des promesses électorales, ne date pas d’hier.

C’est une recette que Maurice Duplessis connaît bien. Le clientélisme distingue cet homme politique de ses prédécesseurs dès les années 30, selon Jonathan Livernois, auteur de La révolution dans l’ordre, publié chez Boréal. «Il incarne la figure du politicien moderne, qui propose des petits projets à la carte selon les électeurs visés, explique le professeur d’histoire littéraire et intellectuelle. Surtout, il reflète bien la volonté des Québécois d’avancer sans violence, et surtout sans révolution.»

Plutôt que de décrire Duplessis comme un être douteux comme dans les années 60, ou encore comme un libéral engagé socialement bâtissant des infrastructures et des écoles comme dans les années 80 et 90, l’essayiste met en lumière tous les aspects de ce système. Il est difficile de croire, en effet, que le «Cheuf», comme on appelait familièrement le dirigeant de l’Union nationale, ait pu être élu à cinq reprises comme premier ministre sans l’appui d’une bonne partie du Québec. Grâce à la lecture de plusieurs discours, mais aussi à l’étude de brochures électorales, l’auteur montre la volonté de cet homme politique de conserver une certaine stabilité dans un Québec en évolution. Un credo qui ressemble beaucoup à celui de plusieurs partis en lice actuellement, qui refusent de prendre des décisions trop tranchées de peur de perdre des électeurs!

Le livre La Révolution dans l’ordre, une histoire du duplessisme, de Jonathan Livernois, a été lancé le 7 septembre à la bibliothèque du Morrin Center.

Pour plus en savoir plus sur le livre Bourassa et Lévesque: marketing de raison contre marketing de passion, d’Alain Lavigne

livre_Alain_Lavigne_bourassa_et_levesque_credit_aucun

livre_Jonathan_livernois_histoire_du_duplessisme_credit_aucun

Jonathan Livernois, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma, a publié La révolution dans l'ordre: une histoire du duplessisme.

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