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Volume 46, numéro 19 | 3 février 2011

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Flash de mémoire

La stimulation magnétique transcrânienne pourrait aider les personnes dont la mémoire connaît des ratés à la suite d'un traumatisme

Par Jean Hamann

L’application de stimulations magnétiques sur certaines zones du cerveau pourrait aider les personnes qui ont des problèmes de mémoire, suggère une étude qui vient de paraître dans Neuroscience Letters. C’est ce que concluent les chercheurs de l’École de psychologie, Geneviève Gagnon, Simon Grondin et Sophie Blanchet, et leur collègue de Médecine, Cyril Schneider, après avoir démontré l’efficacité de la stimulation magnétique transcrânienne (SMT) sur la performance mnésique de jeunes adultes.

La SMT est une technique qui a vu le jour à la fin des années 1800. Elle consiste à appliquer un courant électrique de faible intensité sur certaines régions du cerveau pour modifier l’excitabilité neuronale. Indolore et sécuritaire, elle provoque au pire un léger picotement ou des clignements d’yeux involontaires. «La SMT permet d’inhiber ou de stimuler l’activité de certaines régions du cerveau. On l’utilise en clinique pour traiter des dépressions sévères qui résistent à la médication. En neuropsychologie, son usage est encore limité au champ de la recherche», souligne Sophie Blanchet, qui mène des travaux sur le sujet au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale.
  
L’imagerie médicale a montré que lorsque le cerveau enregistre de nouvelles informations (encodage), le cortex préfrontal gauche est particulièrement actif; lorsque cette information est récupérée (rappel), c’est le cortex préfrontal droit qui s’active. Les chercheurs ont invité 11 jeunes adultes, qui n’éprouvaient pas de problèmes de mémoire, à effectuer une série de tests de mémoire. Pendant la phase encodage, les participants visionnaient des séries de mots et d’images abstraites sur un écran d’ordinateur dans trois conditions: avec application de SMT sur le cortex préfrontal gauche, avec SMT sur le cortex préfrontal droit ou avec une SMT placebo. Ces trois mêmes traitements étaient répétés dans la phase rappel, alors que de nouvelles listes constituées à moitié d’éléments déjà vus et d’autant de nouveaux éléments leur étaient présentées. Dès qu’un élément apparaissait à l’écran, les sujets devaient indiquer le plus rapidement possible s’ils l’avaient déjà vu. 

Les résultats montrent que le temps de réaction des sujets est plus rapide lorsque la stimulation est appliquée sur le lobe préfrontal gauche pendant l’encodage et sur le droit pendant le rappel. Les différences observées sont minimes, de l’ordre de 50 millisecondes, mais elles sont significatives. «Ces résultats ont été obtenus avec des jeunes qui n’avaient pas de problèmes de mémoire, précise la professeure Blanchet. C’est la première fois qu’une étude démontre l’effet de l’application directe de SMT sur les processus liés à la mémoire chez des jeunes en santé. Ceci nous porte à croire que la SMT pourrait aider les gens qui ont de sérieux problèmes de mémoire.»
   
Sophie Blanchet souligne que les effets observés lors des tests sont spécifiques à la mémoire épisodique, celle qui permet de nous souvenir d’événements dans leur contexte spatial et temporel. «La mémoire épisodique est l’une des fonctions cognitives les plus vulnérables aux effets d’une atteinte cérébrale comme un traumatisme cranio-cérébral ou un accident vasculaire cérébral», précise-t-elle. La chercheuse entend maintenant tester l’efficacité de la SMT chez des sujets qui doivent composer avec des problèmes de mémoire.

Isabelle Desrosiers

Sophie Blanchet démontre comment est appliquée la stimulation magnétique transcrânienne lors des tests de mémoire.

Photo: Isabelle Desrosiers

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