Une évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste est en cours au Québec. À la suite de ce processus, il reviendra au gouvernement de décider si une industrie du gaz de schiste verra ou non le jour sur le territoire. Justement, une nouvelle étude examine les arguments pratiques en faveur ou en défaveur de cette industrie.

«Le Québec aurait un avantage de localisation si cette industrie voyait le jour, soutient d’abord le professeur Patrick González, du Département d’économique. Nous sommes situés à proximité du gros marché de consommation de l’est de l’Amérique du Nord.»

Patrick González est le coauteur d’une étude sur quatre bassins de gaz de schiste aux États-Unis et au Canada. La recherche, qui vient d’être rendue publique, a été réalisée pour le compte du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs du Québec. Les autres auteurs sont Georges Beaudoin, professeur au Département de géologie et de génie géologique, Sarah Trabelsi, chercheuse postdoctorale au Département d’économique, et Jean-Thomas Bernard, professeur au Département d’économique de l’Université d’Ottawa.

Un des bassins étudiés est celui du Marcellus, en Pennsylvanie. Les puits de gaz de schiste y ont un pic initial de production qui avoisine 3 500 mcf (milliers de pieds cubes) par jour. Entre 2006 et 2011, plus de 10 000 permis de forage de puits de gaz ont été accordés dans le bassin en question. On a foré les puits dans des zones rurales peu peuplées. Dans les endroits les plus exploités, il y a deux puits au kilomètre carré.

Selon Patrick González, une industrie du gaz de schiste au Québec ferait face à un handicap majeur. «Au début, elle devra importer les équipements spécialisés et le personnel requis, ce qui augmentera énormément les coûts, explique-t-il. Cette industrie fonctionne beaucoup avec la sous-traitance, notamment pour la machinerie d’extraction et pour le transport du gaz par camions. Pour le Québec, on peut imaginer qu’une industrie locale de services se développera à long terme si l’exploitation est soutenue.»

La dynamique d’exploitation d’un puits de gaz de schiste diffère de celle d’un puits de gaz naturel conventionnel. «Une poche de gaz naturel fournit du combustible régulièrement et longtemps, souligne Patrick González. Mais avec le gaz de schiste, la production baisse rapidement durant la phase initiale. Suit un long déclin de la production sur plusieurs années. Pour rentabiliser le coût des infrastructures de collecte du gaz, les tuyaux coûtant cher à installer, les compagnies gazières doivent bénéficier d’un niveau de production élevé et régulier qu’elles obtiennent avec le développement constant de nouveaux puits.»

À ce jour, une trentaine de puits de gaz de schiste ont été forés au Québec, sans production commerciale. Ces puits d’exploration sont situés, pour la plupart, dans une zone rurale triangulaire comprise entre Trois-Rivières et Québec, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, et Victoriaville sur la rive sud. Ils n’impliquaient pas tous la technique de forage et de fracturation qui permet l’exploitation des schistes. «Si Québec donne le feu vert, et si le potentiel s’avère profitable, les compagnies installeront plusieurs centaines de puits», affirme le professeur González.

Cela dit, la viabilité d’une telle industrie au Québec n’apparaît pas du tout certaine. «Si les compagnies gazières revenaient faire de l’exploration, il n’est pas clair qu’une éventuelle exploitation massive serait profitable», dit-il. D’autre part, une réglementation plus sévère que celles en vigueur dans les autres régions productrices de gaz de schiste sur le continent ferait augmenter les coûts. «Cela retarderait le développement de cette industrie au Québec et ce développement se ferait sur une plus petite échelle, explique Patrick González. Ce développement pourrait même ne jamais se réaliser.»

Aux États-Unis, avant la crise économique de 2008, le prix du gaz naturel dépassait 10$ US le mille pieds cubes. Il était sous les 3$ US en janvier dernier. «Les prix sont à un plancher historique, soutient le professeur. Actuellement, personne ne fait d’argent avec le gaz naturel et le gaz de schiste. Tous les projets sont déficitaires. Si demain le gouvernement du Québec disait aux gazières de venir forer au Québec l’an prochain, personne ne viendrait parce que les prix sont trop bas. Il y a beaucoup trop d’offre sur le marché. Mais il est tout à fait possible que les prix remontent de manière importante d’ici quelques années.»

L’exploration et l’exploitation des gaz de schiste se pratiquent à grande échelle depuis moins de dix ans. Selon les auteurs de l’étude, des développements technologiques sont à prévoir qui influenceront les coûts.