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Volume 51, numéro 21 | 17 mars 2016

Société

Un formidable accélérateur de croissance

Le Québec devrait bien tirer son épingle du jeu dans le cadre de l'éventuel Partenariat transpacifique

Par Yvon Larose

Le 4 février, le projet de création de la plus grande zone de libre-échange au monde, autour de l’océan Pacifique, a franchi une étape décisive. À Auckland, en Nouvelle-Zélande, les représentants des 12 pays associés au projet ont signé l’Accord du Partenariat transpacifique. Le texte de ce traité multilatéral est l’aboutissement de plusieurs années de négociations entre l’Australie, le Brunéi, le Canada, le Chili, les États-Unis, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. Il doit maintenant être ratifié par les Parlements nationaux des parties prenantes.

«Douze pays formant ensemble un marché de 800 millions de consommateurs et dont le produit intérieur brut (PIB) combiné représente 40% de l’économie mondiale: cet accord dit «de nouvelle génération» est remarquable par son ampleur», soutient le professeur Yan Cimon, du Département de management. Le mercredi 9 mars, à l’Hôtel Le Concorde Québec, il a participé à un panel sur ce thème au cours d’un colloque organisé par le Centre d’études pluridisciplinaires en commerce et investissement internationaux.

Selon le professeur, l’Accord procurera des avantages certains aux entreprises québécoises et canadiennes. «Nos entreprises, explique-t-il, auront un accès privilégié et bien encadré à des marchés diversifiés. L’Accord permettra aussi une grande simplification réglementaire quant aux conditions liées au commerce dans cette zone. L’élimination graduelle des droits de douane, notamment sur la presque totalité des principales exportations du Québec, sera un autre avantage majeur.» Rappelons que le Partenariat transpacifique prévoit l’abolition, dans plusieurs cas, des droits de douane imposés aux exportateurs étrangers, et ce, sur une période de quelques années. Le Japon et le Vietnam sont au nombre des pays ayant des droits de douane très élevés. Dans ces pays, les droits assumés par les exportateurs québécois s’élèvent respectivement à 25% sur le miel et à 27% sur le porc frais réfrigéré, par exemple.

Le futur accord prévoit aussi des dispositions qui auront pour effet d’accroître la transparence et de renforcer les droits de propriété intellectuelle. «Le Partenariat transpacifique ne sera pas uniquement commercial, souligne Yan Cimon. Cela diminuera beaucoup l’incertitude, pour nos entrepreneurs, de faire des affaires à l’international.»

Selon lui, l’économie canadienne pourrait voir son PIB augmenter de 0,1% à 0,5% grâce à l’Accord. Une non-participation du Canada pourrait se traduire par une diminution de -1,5% de son PIB. «Il y aurait davantage de barrières tarifaires pour le Canada dans cette zone, indique le professeur. Une telle situation compliquerait de beaucoup la dynamique d’investissement.»

De 2010 à 2014, la valeur des exportations du Québec vers les pays du Partenariat transpacifique est passée de 41,6 G$ à 55,2 G$. Les secteurs concernés sont l’agriculture et l’agroalimentaire, le poisson et les fruits de mer, la foresterie, les biens industriels, les métaux et les minéraux.

«Tous les secteurs d’activité seront potentiellement gagnants, mais à des échelles différentes», affirme Yan Cimon. Ceux qui retireront beaucoup de bénéfices sont les services, comme le génie-conseil, ou encore les technologies de l’information et de la communication, ainsi que la fabrication de précision à très forte valeur ajoutée.

«D’autres secteurs seront sous pression et devront se réinventer en innovant afin de tirer leur épingle du jeu, comme le secteur manufacturier traditionnel, poursuit-il. Sinon ce dernier ne pourra concurrencer les pays émergents seulement sur le terrain des coûts de production.» Un autre secteur sous pression sera celui des producteurs laitiers et avicoles fonctionnant sous le système de gestion de l’offre. «Il leur faut regarder l’autre côté de la médaille, soutient-il. Les opportunités d’affaires seront beaucoup plus grandes que ce qu’un simple marché local pourrait leur fournir.»

Yan Cimon se dit plutôt optimiste quant aux chances que l’Accord soit entériné par l’ensemble des pays partenaires. «C’est une formidable machine à créer de la richesse que cet accord, un formidable accélérateur de croissance, indique-t-il. On ne peut pas le laisser passer. Mais si jamais le projet n’aboutissait pas pour le Canada, il faut espérer que ce pays soit proactif pour conclure d’autres accords de libre-échange bilatéraux avec des pays de cette zone.»

Le conférencier d’honneur du colloque était l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, aujourd’hui associé au bureau de Montréal du cabinet d’avocats McCarthy Tétrault. Durant son allocution, il a notamment expliqué que la croissance des nouvelles classes moyennes des pays émergents, notamment en Asie du Sud-Est, aura d’importantes répercussions sur les choix commerciaux du Canada et du Québec, entre autres, par le Partenariat transpacifique. Jean Charest a aussi rappelé que le fait, pour les entrepreneurs d’ici, de commercer dans deux langues internationales contribuait pour beaucoup à la capacité de ces entrepreneurs à développer des marchés.

Bureau de la sécurité des transports du Canada

L'économie canadienne pourrait voir son PIB augmenter entre 0,1% et 0,5% grâce au Partenariat transpacifique.

Photo: Bureau de la sécurité des transports du Canada

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