Des chercheurs de la Faculté de médecine pourraient avoir trouvé une nouvelle façon de traiter les personnes aux prises avec de sérieux problèmes de jeux de hasard et d’argent. En effet, l’application d’un faible courant électrique à la surface du crâne stimulerait la production de GABA, un neurotransmetteur ciblé dans le traitement d’autres formes de dépendance, rapportent les chercheurs dans un récent numéro de la revue Neuropharmacology.

L’Association américaine de psychiatrie classe le trouble du jeu parmi les troubles de dépendance aux substances et les troubles d’addiction. Ce problème, qui touche entre 1% et 2% de la population adulte, se caractérise par une dépendance compulsive aux jeux de hasard et d’argent. Les traitements comportementaux, les interventions de groupe et la médication ont une efficacité limitée contre le trouble du jeu.

«Des études récentes ont montré que les médicaments qui agissent sur la production de certains neurotransmetteurs du cerveau – le GABA ou le glutamate – pouvaient avoir un effet sur les dépendances aux substances, souligne la professeure Shirley Fecteau. C’est ce qui nous a donné l’idée de tester l’effet de la stimulation transcrânienne à courant continu (STCC) sur ces neurotransmetteurs chez des personnes souffrant de trouble du jeu.»

Pour réaliser cette expérience, la professeure Fecteau et ses collaborateurs ont recruté, par l’entremise du Centre de réadaptation en dépendance de Québec, 16 personnes souffrant de trouble du jeu depuis plusieurs années. Lors d’une première rencontre, la moitié des sujets a été soumise à une séance de STCC de 30 minutes pendant que l’autre moitié recevait un traitement placebo. Une semaine plus tard, chaque participant a été soumis au traitement qu’il n’avait pas reçu lors de la première visite.

Le traitement de STCC consistait à placer deux électrodes sur le cuir chevelu d’un participant et à appliquer un courant de 1 milliampère, une intensité à peine perceptible. De plus, les sujets étaient placés dans un scanneur doté d’un appareil de spectroscopie permettant de mesurer en temps réel les changements de concentration des neurotransmetteurs du cerveau. Les données recueillies révèlent que, contrairement au placebo, le traitement de STCC augmente la production du neurotransmetteur GABA dans le cortex préfrontal. «Il s’agit d’un résultat intéressant parce que les médicaments qui ciblent le GABA se sont révélés relativement efficaces contre d’autres dépendances», commente la professeure Fecteau.

Pour l’instant, la chercheuse ignore dans quelle mesure un traitement de STCC produit des effets durables sur les personnes atteintes de trouble du jeu. «L’objectif de notre étude était de faire la preuve du concept. Nous avons montré que la STCC peut faire bouger les neurotransmetteurs du cerveau, ce qui nous porte à croire que ce traitement pourrait produire des résultats cliniquement significatifs pour les patients. Nous espérons maintenant obtenir du financement pour réaliser un essai clinique qui comporterait entre 10 et 15 séances de STCC pour chaque participant.»

L’étude publiée dans Neuropharmacology est signée par Maya Dickler, Christophe Lenglos, Emmanuelle Renauld, Jean Leblond et Shirley Fecteau, de la Faculté de médecine, du Centre de recherche CERVO et du CIRRIS, Francine Ferland, du Centre de réadaptation en dépendance de Québec, et Richard A. Edden, de la Johns Hopkins University School of Medicine.