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Volume 52, numéro 13 | 13 décembre 2016

Société

Fous du sport, ces Canadiens

Depuis l'époque coloniale, la population canadienne entretient de solides liens avec le sport

Par Yvon Larose

Il s’appelait Jean Amiot. Au milieu des années 1600, du temps de la Nouvelle-France, il occupait la fonction d’interprète et d’engagé sur le territoire de la nation huronne pour le compte de la communauté religieuse des Jésuites. Reconnu comme un athlète remarquable, Amiot, lors d’un tournoi tenu à Québec, avait battu tous ses adversaires amérindiens à la course à pied et à la course en raquettes.

«Le sport est bien présent dès l’époque coloniale», affirme Dale Gilbert, rédacteur-historien au Dictionnaire biographique du Canada (DBC). Le Dictionnaire est un ambitieux projet de recherche et d’édition savante bilingue lancé il y a plus de 50 ans par l’Université de Toronto et l’Université Laval.

Selon le rédacteur, il est étonnant que les habitants de la Nouvelle-France aient pu consacrer du temps aux «divertissements» si on considère la rudesse du climat et les conflits avec les Anglais au sud, à une époque de conquête du sol et de quête de fourrures. «C’était une occasion pour les hommes de montrer leur virilité, leur agilité et leur force, explique-t-il. Au fil des siècles, le sport constituera un vecteur d’affirmation de la masculinité.»

À cette époque, les Français et les premiers Canadiens étaient fascinés par deux sports amérindiens, la crosse et la course de raquettes, qu’ils ont adoptés. Selon Dale Gilbert, la popularité de la crosse a traversé les siècles. «À la fin du 19e siècle, précise-t-il, ce sport était immensément populaire au Canada. Il avait une envergure nationale. Avant le hockey, ce fut le sport national. À l’international, on pensait beaucoup à la crosse lorsqu’on pensait au Canada.»

Ces informations sont tirées du nouvel ensemble thématique du DBC consacré aux sports et aux sportifs. La mise en ligne de cette section a eu lieu il y a quelques semaines et survient tout juste avant le centième anniversaire, en 2017, de la création de la Ligue nationale de hockey. Dale Gilbert a été le rédacteur-historien principal dans la conception et la rédaction de cet ensemble thématique. «Le Dictionnaire comprend plus de 8 600 biographies de personnages importants, dit-il. Celles reliées aux sports sont au nombre de 649. Il s’agit d’un des plus imposants corpus publiés à ce jour par le DBC

L’ensemble thématique se subdivise en 18 chapitres. S’appuyant sur des photos anciennes, les textes couvrent de nombreux aspects de la réalité sportive d’autrefois, comme l’idéal amateur et le sport professionnel, le journalisme sportif, de même que le sport au féminin. Les contenus abordent également le sport et le nationalisme, les paris sportifs et les Jeux olympiques. En tout, plus de 50 sports, dont la boxe, le baseball et la course automobile, sont couverts. On peut notamment lire que, dès 1807, un groupe d’Écossais fondait le Montreal Curling Club. C’est dans cette ville qu’eut lieu, en 1875, la première démonstration publique de hockey sur glace.

Il fallut attendre le milieu du 19e siècle pour assister aux premiers balbutiements du sport féminin au Canada. En 1925, la toute première équipe féminine inscrite à des épreuves internationales d’athlétisme voyait le jour. «Il a fallu des pionnières, souligne Dale Gilbert. Elles ont montré que, comme les hommes, les femmes pouvaient être compétitives. Cela faisait partie d’une grande démarche d’émancipation.»

Dans le passé, la ségrégation socioéconomique caractérisait plusieurs sports. C’est dans le troisième quart du 19e siècle que commença l’atténuation de ce phénomène. En 1867, quatre rameurs canadiens ont participé aux compétitions de régates de l’Exposition universelle de Paris. Il s’agissait de trois pêcheurs et d’un gardien de phare. Surnommée Quatre de Paris, la formation canadienne a remporté deux courses devant les équipes anglaise, française et allemande.

À l’époque, les membres des classes moyenne et supérieure voyaient dans le sport, notamment les sports équestres, le cricket et le yachting, une stratégie privilégiée de montrer leur statut social. «Or, indique Dale Gilbert, nombre d’entre eux voyaient d’un mauvais œil la présence grandissante d’hommes de la classe populaire au sein de plusieurs sports. Ils craignaient qu’ils puissent concourir avec des gentlemen, notamment à l’aviron, et les vaincre. Ils ont donc tenté, sans grand succès, de freiner la démocratisation du sport en restreignant l’accès aux clubs, ligues et compétitions.»

Après la naissance de la Confédération en 1867, les exploits sportifs des Canadiens, au pays comme à l’étranger, ont contribué à forger une identité nationale. La pratique de certains sports, notamment la crosse et le hockey, d’un océan à l’autre a également stimulé la fierté et nourri le sentiment national.

La nouvelle section du DBC peut être consultée à l’adresse suivante: biographi.ca/fr/

femmes-curling-credit-archives-musee-canadien-histoire-s2004-1017-ls

Des femmes jouant au curling vers 1900.

Photo: Archives du Musée canadien de l'histoire – S2004-1017-LS

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