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Volume 54, numéro 6 | 1 novembre 2018

Frankenstein enseigné à l’Université

Deux siècles après sa création, Frankenstein fascine toujours autant, à tel point qu’il fait l’objet d’un cours du professeur en littérature Richard St-Gelais

Par Matthieu Dessureault

Le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne a beau souffler ses 200 bougies cette année, ce classique de la littérature anglaise n’a pas pris une ride! Il suffit de se promener dans les rues durant l’Halloween pour voir à quel point la créature née de l’imagination de Mary Shelley est populaire auprès des enfants. Que ce soit au cinéma, au théâtre, à la télévision ou dans les jeux vidéo, les adaptations du livre pullulent et suscitent autant d’enthousiasme chez les plus grands.

À l’Université Laval, Frankenstein est régulièrement cité comme exemple dans un cours, Présentation des méthodes critiques, offert aux étudiants du baccalauréat en études littéraires. Richard St-Gelais, spécialiste de la science-fiction, utilise ce roman pour présenter diverses approches de la littérature.

Entre autres, le professeur aborde la façon dont la vie de l’auteure a pu influencer son œuvre. «Mary Shelley a eu une vie assez exceptionnelle. Elle a connu le drame dès sa naissance, sa mère étant décédée après l’avoir mise au monde. Plus tard, elle s’est enfuie avec son amant, qui était un homme marié, ce qui était scandaleux à l’époque, et avec qui elle a eu un enfant mort-né. Plusieurs spécialistes voient un parallèle entre Frankenstein et un sentiment de rejet de la société. D’autres liens peuvent être faits entre la conception d’un personnage sans présence maternelle et le fait que Mary Shelley n’avait pas de mère», dit celui qui participera à une table ronde sur le sujet demain.

Considéré comme l’un des premiers romans de science-fiction, Frankenstein ou le Prométhée moderne est constitué de plusieurs trames narratives. Il y a l’histoire de Victor Frankenstein et de sa créature, certes, mais aussi celle de l’explorateur Robert Walton, qui recueille le témoignage du scientifique. À ce récit s’ajoute la narration du monstre dans laquelle il raconte son histoire et surtout son éveil à la conscience morale.

En plus d’analyser la construction du roman, Richard St-Gelais profite de son cours pour présenter la manière dont le personnage est entré dans l’imaginaire collectif. D’une adaptation à l’autre, il constate que la figure de Frankenstein a été simplifiée à outrance. «Dans le roman, ce personnage peut s’exprimer de façon très articulée, il a appris à lire et il connaît les grands classiques de la littérature européenne. Tout cela disparaît dans les adaptations, où il est une espèce de “balaise” un peu zombie qui écrase tout sur ton passage. Cette simplification d’une figure qui était à l’origine beaucoup plus complexe a peut-être contribué à accentuer son rôle dans l’imaginaire, dans le sens où elle est devenue un personnage facile à reconnaître et à caricaturer.»

Pour le professeur, la fascination entourant Frankenstein vient notamment des réflexions philosophiques que porte ce roman sur la science. «Le texte montre le pouvoir extraordinaire de la science, mais aussi les répercussions négatives qui peuvent en ressortir. Déjà au 19e siècle, bien avant les découvertes scientifiques d’aujourd’hui, on rêvait de recréer la vie artificiellement. Mary Shelley pose ces questions: sommes-nous en train d’usurper des pouvoirs qui ne sont pas les nôtres? Ne serions-nous pas en train de préparer des catastrophes?»

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