Les gens qui subissent une chirurgie sous anesthésie générale sont parfois «mêlés» à leur réveil. Pas étonnant, étant donné que certains anesthésiques suppriment l’expression d’un gène, nommé Arc, qui joue un rôle important dans la consolidation de la mémoire. Une équipe internationale, à laquelle sont associés plusieurs chercheurs de la Faculté de médecine, vient de découvrir que la mise en veilleuse de ce gène ne dépend pas directement des anesthésiques, mais plutôt de l’hypothermie qu’ils induisent.

Les chercheurs ont fait cette démonstration à l’aide de souris de laboratoire auxquelles ils ont administré de l’isoflurane. Comme prévu, cet anesthésique a réduit du tiers la synthèse de la protéine Arc. Par contre, lorsque la température corporelle des animaux était maintenue à la normale à l’aide d’un tapis chauffant et d’une lampe infrarouge, la synthèse de la protéine Arc n’était pas affectée. Des résultats similaires ont été obtenus avec le propofol, un autre anesthésique couramment utilisé chez l’humain, rapportent les chercheurs dans un récent numéro de la revue Scientific Reports.

D’autres tests ont révélé que la diminution du niveau de la protéine Arc induite par l’hypothermie était liée à une baisse d’activité de l’enzyme ERK. Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à un anesthésique pour produire cet effet sur ces deux protéines, ont montré les chercheurs. Une hypothermie provoquée par une réduction de la température ambiante fait également le travail.

Chez les souris, l’effet de l’anesthésie sur le gène Arc est temporaire. «Nos données indiquent que l’expression du gène revient à la normale en moins de 24 heures, confirme Emmanuel Planel. L’étude ne permet pas d’établir de lien de cause à effet, mais il se pourrait que la diminution de Arc joue un rôle dans les problèmes cognitifs observés chez certains patients à la suite d’interventions chirurgicales.»

Alexis Bretteville, François Marcouiller, Carl Julien, Franck Petry, Noura El-Khoury, Françoise Morin, Jean Charron et Emmanuel Planel, de la Faculté de médecine, sont parmi les signataires de l’étude parue dans Scientific Reports. Quatre chercheurs de la Columbia University, dirigés par Robert Whittington, s’ajoutent à cette liste.