Lunettes rondes, foulard coloré et cheveux en bataille, Alain A. Viau nous accueille dans son bureau, où trônent de magnifiques toiles sur les murs. Cliché oblige, il ressemble davantage à un professeur d’arts qu’à un chercheur du Département des sciences géomatiques. Pourtant, c’est ici qu’il travaille depuis bientôt 30 ans. Il s’intéresse à la cartographie comme solution aux enjeux culturels. Selon lui, ce champ d’études peut jouer un rôle clé dans la production et la diffusion des arts et du patrimoine. «Avant, il fallait déplier une grande carte pour découvrir le territoire. Ce n’est plus le cas. Avec les technologies de l’information, les gens ont accès à une diversité d’outils de cartographie. Cette appropriation peut servir à la production et à la diffusion de la culture au sens large, c’est-à-dire le patrimoine, la littérature, la musique ou la peinture», dit-il.

Téléphones intelligents, tablettes et autres appareils technologiques sont omniprésents dans nos vies. Ils permettent de partager et de localiser facilement des points d’intérêt culturel sur une carte. Par exemple, on voit une belle fresque, on la prend en photo, puis on envoie le fichier en ligne grâce à une application. Le tout est intégré dans une carte interactive, à laquelle chacun peut ajouter du contenu. Par ses recherches, le professeur observe comment on peut optimiser ce processus, particulièrement en milieu rural, où la connexion est parfois déficiente. Récemment, ses travaux ont fait l’objet d’un article dans la revue de l’Ordre des arpenteurs-géomètres du Québec, Géomatique.

Enthousiaste par rapport aux nouvelles technologies, Alain A. Viau n’en demeure pas moins pragmatique. Un large pan de sa recherche est consacré aux nombreux enjeux de l’utilisation de la cartographie dans le domaine culturel. «Le principal défi est de faire participer les citoyens dans un cadre méthodologique structuré, afin de s’assurer que l’information que l’on place sur ces cartes soit juste. Un autre enjeu est celui du droit d’auteur. Il faut trouver un moyen de rendre les droits à l’auteur et de protéger l’information diffusée», souligne le professeur, qui suit de près les initiatives dans le domaine.

C’est au cours d’une année d’études et de recherche à l’Université d’Avignon, en 2012, qu’il a commencé à s’intéresser à ce sujet. Chaque année, cette ville française présente un festival consacré aux arts de la scène. Avec quelque 1 600 spectacles, il s’agit de l’une des plus grandes manifestations du genre dans le monde. Pour se faire connaître, de nombreuses compagnies théâtrales distribuent des prospectus ou posent des affiches. N’empêche qu’il est difficile de s’y retrouver parmi l’impressionnante programmation. C’est ainsi qu’Alain A. Viau a entamé une réflexion sur la valorisation culturelle du territoire grâce à la cartographie et à la géomatique.

Son intérêt pour la culture lui vient sans doute de sa propre pratique artistique. Depuis 20 ans, le géographe de formation mène une carrière d’artiste-peintre. S’inspirant des Riopelle, Pollock et Kandinsky, entre autres, il utilise l’art visuel pour représenter la richesse et la beauté de la vie. On s’en doute, son travail de chercheur est fortement teinté de sa démarche artistique. «Que ce soit avec la géomatique, la télédétection, la cartographie ou les images satellitaires, on génère, en quelque sorte, des produits à caractère artistique. Mon âme artistique m’amène à transposer le territoire dans ces médiums, qui sont, pour moi, une forme d’expression. Je n’ai pas choisi mon métier par hasard!», conclut-il.

Pour en savoir plus sur la démarche de l’artiste et ses projets d’exposition: site web de l’artiste et galerie Off