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Volume 47, numéro 12 | 24 novembre 2011

À la une

Le grand explorateur

Martin Fournier remporte le Prix littéraire du Gouverneur général littérature jeunesse 2011 avec Les aventures de Radisson  

Par Renée Larochelle

Le plus célèbre coureur des bois de l’histoire du Canada, Pierre-Esprit Radisson, a vécu une vie digne d’un roman d’aventures. L’historien Martin Fournier l’a bien compris, lui qui a consacré au personnage un roman intitulé Les aventures de Radisson. L’enfer ne brûle pas. Pour ce roman publié par Septentrion, ce spécialiste de la Nouvelle-France a reçu le 15 novembre le Prix littéraire du Gouverneur général littérature jeunesse – texte.

Le lauréat était d’ailleurs encore sous le coup de l’émotion lorsque le Fil l’a interviewé au lendemain de la remise de ce prix prestigieux assorti de la somme de 25 000 $. «Je suis évidemment très heureux», déclare Martin Fournier, coordonnateur de l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française, vaste projet basé à l’Université Laval. Comme dirait l’autre, «pesez sur le piton» et l’homme est intarissable sur ce personnage fascinant qu’est Radisson, explorateur français venu en Nouvelle-France vers 1650. «À cette époque, cela représentait tout un défi que de venir s’installer en territoire inconnu dans une culture inconnue, explique-t-il. Ceux qui choisissaient de s’établir ici étaient de fortes personnalités. Comme Marie de l’Incarnation ou Samuel de Champlain, Radisson fait partie de ces personnalités à la stature exceptionnelle qui ont marqué notre histoire.»

De la France à l’Angleterre
Né en 1636, Radisson débarque en Nouvelle-France alors qu’il n’est encore qu’un adolescent. Capturé par les Iroquois puis adopté par la tribu, il est vite reconnu pour sa connaissance du mode de vie des Amérindiens et de la géographie de l’Amérique du Nord. Partant en expédition vers les lacs Supérieur et Michigan avec son beau-frère Médard Chouart des Groseilliers, Radisson est puni pour avoir fait la traite des fourrures sans l’autorisation du gouverneur de la Nouvelle-France. Opportuniste, il se tourne vers les Anglais qui l’appuient financièrement dans ses projets, participe à la création de la Compagnie de la Baie d’Hudson servant de guide, d’interprète et de conseiller dans ce haut lieu du commerce des fourrures. Au cours des années, Radisson changera plusieurs fois d’allégeance, passant de la France à l’Angleterre, ce qui lui vaudra bien des critiques de la part de certains historiens. Nommé écuyer (esquire), considéré comme l’antichambre de la noblesse, il finira ses jours en Angleterre et mourra à Londres en 1710, laissant à la postérité de nombreux récits de voyage.

«À l’époque, les puissances coloniales qui cherchaient à étendre leur empire dépendaient beaucoup de personnes comme Radisson; elles étaient donc très demandées», souligne Martin Fournier qui s’est intéressé au personnage dès le début de son baccalauréat en histoire, pour ensuite lui consacrer son mémoire de maîtrise et sa thèse de doctorat. Dans le roman qui a valu le Prix littéraire du Gouverneur général, l’auteur n’a pas voulu faire de Radisson un héros désincarné, mais bien un être en chair et en os, avec ses forces et ses faiblesses. Premier tome d’une série de cinq, le livre s’adresse aux 14 à 74 ans, même s’il est classé en littérature jeunesse, de rappeler l’auteur. Le 2e tome n’est pas déjà écrit que Martin Fournier a hâte de commencer l’écriture du 3e, où il sera question du voyage de Radisson vers le lac Supérieur.

Ici, la liberté
«J’en jouis à l’avance, dit l’historien, pour qui la pratique de l’écriture est un véritable plaisir. Cela correspond à une période tellement fascinante de notre histoire!» Déplorant notre grande ignorance collective en la matière, Martin Fournier estime que l’histoire de la Nouvelle-France est bien mal enseignée aux jeunes, alors qu’elle comporte des aspects extraordinaires. Par exemple, la vie des premiers habitants qui ont mis les pieds en Nouvelle-France au début du 17e siècle est presque complètement mise de côté. «On ne s’imagine pas à quel point les premiers colons ont travaillé d’arrache-pied pour faire leur place ici, déclare-t-il. Tout était à bâtir. Mais après une génération, la condition de l’habitant qui avait réussi à s’installer était supérieure à celle de tous les autres paysans du monde, à la même époque. Il n’y avait ni famine ni épidémie de peste. Certes, il y avait le froid, l’hiver, mais aussi beaucoup de richesses naturelles. Les gens pouvaient chasser, pêcher. Il n’y avait pas de guilde des artisans, comme en Europe, où les individus étaient maintenus durant des années en situation d’apprenti. Ici, c’était la liberté.»

Marc Robitaille

Martin Fournier, professionnel de recherche au CÉLAT: «Après une génération, la condition de l'habitant qui avait réussi à s'installer ici était supérieure à celle de tous les autres paysans du monde, à la même époque».

Photo: Marc Robitaille

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