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Volume 49, numéro 16 | 16 janvier 2014

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La grande désillusion?

L'information donnée aux immigrants à l'étranger par le gouvernement pour faire la promotion du Québec pourrait être plus éclairante et objective

Par Renée Larochelle

Entre ce qu’on leur fait miroiter comme avenir au Québec et ce qu’ils vivent une fois arrivés sur le sol québécois, l’écart serait grand pour les immigrants qualifiés. C’est du moins le constat que fait Anaïs Pellerin, dans son mémoire de maîtrise en relations industrielles dirigé par Kamel Beji.

Dûment sélectionnés par le gouvernement québécois pour leurs aptitudes à exercer leur profession, les immigrants s’attendent à trouver du travail très vite dans leur domaine. Or, selon les résultats de l’enquête menée par l’étudiante, les ressortissants étrangers déchantent rapidement en raison d’un décalage important entre l’information qu’ils trouvent sur les sites gouvernementaux québécois et la réalité. En fait, l’opération s’apparenterait davantage à une campagne de promotion qu’à de la véritable information, disent-ils.  

Aux fins de son enquête, Anaïs Pellerin a interviewé 14 personnes (10 hommes et 4 femmes), dont plus de la moitié provenait d’Afrique, tandis que les autres étaient originaires d’Amérique du Sud (Pérou, Colombie), d’Europe (Albanie, Russie) et du Moyen-Orient (Syrie). Tous les répondants possédaient une formation universitaire ainsi que plusieurs années d’expérience dans leur domaine, que ce soit en sciences et génie, en management ou en enseignement. Ils vivaient à Montréal depuis trois ans en moyenne et affirmaient avoir immigré pour améliorer leurs conditions de vie et assurer l’avenir de leurs enfants. Plusieurs en étaient à leur seconde immigration et avaient vécu en France, en Allemagne ou en Belgique. C’est donc dire qu’ils attendaient beaucoup de leur nouveau pays d’accueil.

«Tous les répondants m’ont dit que, lors des séances d’information offertes par les délégations québécoises à l’étranger, le Québec était présenté comme un Eldorado, une sorte de terre promise où tout est possible, souligne Anaïs Pellerin. Cela dit, on leur avait parlé, par exemple, de l’obligation d’adhérer à un ordre professionnel pour exercer leur profession et de l’importance de bien maîtriser la langue française pour travailler sur le marché québécois. Toutefois, on ne leur avait pas spécifié, par exemple, que tous les dossiers personnels qu’ils allaient déposer pour adhérer à un ordre professionnel devaient être absolument traduits par un traducteur agréé du Québec. Par conséquent, plusieurs d’entre eux ont dû recommencer le processus une fois arrivés sur place et débourser des frais imprévus très élevés.» 

Au cours de leurs démarches d’immigration, les participants ont consulté des sites comme celui d’Emploi-Québec et du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. Le Québec y était décrit comme une société multiculturelle non discriminatoire possédant un niveau de vie élevé et ayant besoin de main-d’œuvre qualifiée. On omettait cependant de souligner que la connaissance de l’anglais constituait un atout aux yeux de plusieurs employeurs.

C’est pourtant sur le plan des ordres professionnels que les répondants ont eu davantage de surprises, précise Anaïs Pellerin. «En phase prémigratoire, explique-t-elle, les demandes d’équivalence de diplômes ou d’adhésion aux ordres professionnels sont présentées comme de simples formalités. Dans les faits, le processus nécessite souvent plusieurs mois de mise à niveau des compétences. De plus, les résultats de l’enquête révèlent que l’équivalence reconnue est très souvent inférieure aux diplômes et compétences que possèdent les répondants.»

Le cas de Fatima, originaire d’Algérie, illustre bien la difficile situation dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. Ingénieure en génie électrique possédant plus de 15 ans d’expérience, la dame a adhéré à l’Ordre des ingénieurs dès son arrivée au Québec. «L’ordre nous impose de porter le titre d’ingénieur junior jusqu’à ce qu’on trouve du travail comme ingénieur. Puis, il faut travailler trois ans à titre d’ingénieur junior pour porter le titre d’ingénieur, explique-t-elle dans l’étude. Le problème, c’est que le titre d’ingénieur junior apparaît rarement dans les offres d’emploi. Même quand tu postules comme ingénieur, ils te demandent “Vous êtes ingénieur junior? Nous, ce dont on a besoin, c’est d’un ingénieur”.»

Au moment des entrevues, seule Malinka, diplômée en management, occupait un emploi comme travailleuse autonome. Les 13 autres répondants n’avaient pas encore trouvé d’emploi en lien avec leurs compétences; six vivaient de l’aide sociale et étaient toujours à la recherche d’un emploi pour lequel ils avaient été sélectionnés. Certains occupaient des emplois alimentaires sous-qualifiés, tandis que d’autres étaient retournés aux études pour faire correspondre leurs compétences aux normes québécoises. Bref, dans les 14 cas étudiés, c’était la désillusion, rapporte Anaïs Pellerin.

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