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Volume 53, numéro 20B | 23 février 2018

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Grands prématurés, grands besoins

L'organisation des soins infirmiers est associée au risque de complications graves et de décès chez les grands prématurés

Par Jean Hamann

Un article publié dans le Journal of Perinatology par une équipe de chercheurs québécois suggère que l’organisation du travail des infirmières est une variable qu’il faut considérer pour améliorer le pronostic chez les grands prématurés. «Au cours des dernières années, l’attention qui a été portée aux aspects techniques des soins dispensés à ces enfants a permis une réduction importante des complications graves et de la mortalité. Notre étude montre que pour réaliser de nouveaux gains, il faudra aussi se pencher sur l’organisation de ces soins», résume Bruno Piedboeuf, professeur à la Faculté de médecine et pédiatre au CHU de Québec-Université Laval.

En dépit des progrès de la médecine, environ 55% des grands prématurés souffrent de complications majeures dans les jours qui suivent leur naissance, notamment des problèmes pulmonaires, oculaires, auditifs, digestifs et neurologiques. Quant à la mortalité, les choses ont beaucoup évolué depuis quelques années, au point où l’on sauve maintenant près de 95% des enfants qui naissent après 28 semaines de gestation. Afin de mieux cerner les éléments de l’organisation des soins infirmiers qui influencent le risque de complications graves et de décès, le professeur Piedboeuf et ses collaborateurs ont étudié les cas de 257 grands prématurés admis dans une unité néonatale de soins intensifs moins de 36 heures après leur naissance. «Il s’agissait d’enfants dont l’âge gestationnel allait de 23 à 29 semaines ou qui pesaient moins de 1 kg à leur naissance», précise-t-il.

Les analyses des chercheurs indiquent que 51% de ces enfants ont eu des complications graves et que 18% sont décédés pendant leur hospitalisation. Le ratio entre le nombre d’infirmières au travail et le nombre recommandé d’infirmières – compte tenu du nombre d’enfants dans l’unité de soins intensifs et de leur état de santé – est un élément important de l’équation. «Les jours où cette proportion est supérieure à 1, le risque de complications graves et de mortalité est 19% plus faible que lorsqu’elle est de 1 ou moins», souligne le professeur Piedboeuf.

Fait inattendu, la proportion d’heures supplémentaires dans le total des heures travaillées par les infirmières n’influence pas le risque de complications graves ou de mortalité. «Cela suggère que dans certaines conditions, les heures supplémentaires effectuées pour se rapprocher du nombre recommandé d’infirmières sont avantageuses pour les enfants, estime le pédiatre, en dépit des risques que cela comporte, entre autres pour la transmission des maladies nosocomiales. Les grands prématurés ont de grands besoins et, pour ces enfants, les infirmières sont plus importantes que les médecins ou les résidents.»

Le professeur Piedboeuf a été chef du Département de pédiatrie du CHU de Québec-Université Laval pendant neuf ans. À ce titre, il sait que l’organisation des ressources humaines dans une unité de soins qui accueillent des prématurés n’est pas un exercice de tout repos. «Il faut viser une réduction des heures supplémentaires pour les infirmières et c’est ce qui s’est produit dans notre centre hospitalier au cours des dernières années. Par contre, par définition, les prématurés arrivent à un moment où on ne les attend pas, ce qui limite la capacité de prévoir avec précision les besoins en personnel.»

Outre le professeur Piedboeuf, les autres signataires de l’étude publiée dans le Journal of Perinatology sont Marc Beltempo, de l’Université McGill, Michèle Cabot, infirmière-chef à l’unité néonatale du Centre mère-enfant du CHU de Québec-Université Laval, Guy Lacroix, du Département d’économique de l’Université Laval, et Régis Blais, de l’Université de Montréal.

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Au cours des dernières années, l'attention portée aux aspects techniques des soins dispensés aux grands prématurés a conduit à une réduction importante des complications graves et de la mortalité. Pour réaliser de nouveaux gains, il faudra aussi se pencher sur l'organisation de ces soins, estime le professeur Bruno Piedboeuf.

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