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Volume 52, numéro 21 | 16 mars 2017

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Une idée mise en échec

L'abolition de la mise en échec n'affecte pas les performances offensives des joueurs de niveau bantam

Par Jean Hamann

La mise en échec fait-elle à ce point partie intégrante du hockey qu’il est indispensable de l’autoriser dès le niveau bantam afin de permettre le développement global des jeunes joueurs? Il semble que non, si on en juge par les conclusions d’une étude présentée par des chercheurs de l’Université de Calgary et de l’Université Laval lors de l’International Olympic Committee World Conference on Prevention of Injury and Illness in Sports qui se déroule à Monaco cette semaine.

Les chercheurs ont profité d’un changement dans les règles du hockey mineur en Alberta pour étudier l’effet de l’abolition des mises en échec sur les habiletés offensives de joueurs de 13 ou 14 ans. Jusqu’en 2015, les mises en échec étaient permises pour les joueurs albertains de niveau bantam, mais elles ont été interdites à partir de la saison 2015-2016 pour ceux ne faisant pas partie de l’élite. Pour mener leur étude, les chercheurs ont analysé des vidéos montrant 348 jeunes pratiquant un jeu avec mise en échec en 2014-2015 et 309 joueurs pratiquant un jeu sans mise en échec l’année suivante. Environ la moitié des joueurs se retrouve dans les deux cohortes.

Les chercheurs ont porté leur attention sur des paramètres de performance offensive autres que les traditionnels buts et passes. «Nous avons mesuré le nombre et la qualité des actions liées à la façon dont un joueur entre en possession de la rondelle, qu’il s’agisse de l’enlever à un adversaire ou de capter correctement une passe d’un coéquipier, et ce qu’il fait avec la rondelle par la suite, soit lancer au but, faire une passe à un coéquipier ou perdre la rondelle, explique l’un des auteurs de l’étude, Luc Nadeau, du Département d’éducation physique. Il s’agit de paramètres de performance qui sont objectifs et qui peuvent être facilement mesurés parce qu’il y a un début et une fin à l’action, contrairement aux actions défensives.»

Les longues heures consacrées à décortiquer ces vidéos à l’aide de l’outil d’analyse de performances sportives Dartfish se sont soldées par un match nul. Aucun des paramètres de performance offensive considérés dans cette étude n’a été affecté par l’abolition des mises en échec, une conclusion qui décevra ceux qui estiment que la mise en échec doit faire partie du jeu dès le niveau bantam pour assurer le développement des jeunes. «La mise en échec n’est qu’une des nombreuses actions du hockey et, pour les joueurs de 13 ou 14 ans, elle ne fait pas nécessairement partie des habiletés les plus importantes à développer, estime Luc Nadeau. Elle n’est pas déterminante dans la performance des joueurs de ce niveau.»

Les partisans de l’introduction hâtive de la mise en échec pourraient argumenter que, puisque cette action ne nuit pas aux performances offensives des jeunes joueurs, on pourrait tout aussi bien la permettre. «Ce serait faire abstraction de la principale raison pour laquelle la mise en échec a été progressivement éliminée jusqu’au niveau bantam, fait valoir le professeur Nadeau. Au hockey, la mise en échec est la principale cause de blessures, en particulier des blessures à la tête. Les jeunes ont bien d’autres habiletés fondamentales à maîtriser et il n’y a aucune nécessité de permettre la mise en échec avant le niveau midget.»

L’étude présentée à Monaco a été réalisée par Ash Kolstad, Paul Eliason, Luz Palacios-Derflingher et Carolyn A. Emery, de l’Université de Calgary, et par Luc Nadeau et Claude Goulet, du Département d’éducation physique de l’Université Laval.

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On a longtemps cru qu'il était indispensable d'enseigner la mise en échec aux jeunes joueurs pour favoriser leur développement global. Les recherches menées sur le sujet indiquent qu'aux niveaux pee-wee et bantam la mise en échec est la principale cause de blessures, surtout des blessures à la tête, et qu'elle ne favorise pas le développement des habiletés offensives des jeunes hockeyeurs.

Photo: ONF/Gar Lunney

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