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Volume 53, numéro 4 | 21 septembre 2017

Société

Une île aux trésors

Le Laboratoire d’enquête ethnologique et multimédia a entrepris l’inventaire du patrimoine religieux de l’île d’Orléans

Par Yvon Larose

L’île d’Orléans! Qui ne connaît pas ce lieu pittoresque au riche passé, situé dans le fleuve Saint-Laurent, à quelques kilomètres à l’est de Québec? Sur ce site patrimonial national du Québec, six églises et six presbytères renferment un patrimoine religieux de très grande qualité, qu’il soit mobilier, artistique ou immatériel, remontant très souvent au Régime français des 17e et 18e siècles. Depuis mai, un vaste travail d’inventaire s’y déroule, mené par le Laboratoire d’enquête ethnologique et multimédia de l’Université Laval (LEEM).

«L’idée du projet vient du Comité du patrimoine religieux de l’île d’Orléans, explique Laurier Turgeon, professeur au Département des sciences historiques et directeur du LEEM. Le Comité est préoccupé par le fait que les six paroisses n’en feront qu’une à partir de janvier 2018. Avec un seul curé pour desservir toute l’île, il y a le souci que le patrimoine, surtout à l’intérieur des églises, se dégrade et soit exposé au vol. Certaines églises risquent d’être fermées.»

Le Laboratoire dispose d’une expertise reconnue en inventorisation du patrimoine. Entre la mi-juin et la fin août, deux agents de recherche du LEEM ont travaillé sur l’église de la municipalité de Saint-François et sur celle de la municipalité de Saint-Laurent. L’inventaire de l’ancienne église de Saint-Pierre a été effectué en septembre.

«Nos étudiants ont créé 178 fiches d’inventaire pour 126 biens ou ensembles de biens à l’église de Saint-François, indique le professeur. Nous avons, par la suite, entré les données et les photos dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, une section du site du ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ). Certains objets anciens et précieux sont encore en usage dans l’église.»

À Saint-Laurent, 461 fiches d’inventaire ont été créées pour 287 biens ou ensembles de biens. L’église de Saint-Laurent se distingue par son nombre élevé de vêtements liturgiques anciens. On compte, parmi eux, des chasubles, des étoles et des manipules. Beaucoup d’entre eux sont anciens et parfois richement brodés de fils d’or ou d’argent. «Nous connaissions la très belle collection de chasubles, dit-il. Nous nous sommes rendu compte qu’elle est très complète et qu’elle est très riche. Les vêtements liturgiques répertoriés ont souvent été confectionnés à Québec par des communautés religieuses. C’était une façon pour les religieuses de pratiquer l’art et de procurer de l’argent à leur communauté.»

Au même endroit, d’autres objets liés à la ferveur populaire, tels des bannières et des flambeaux de procession ainsi que des drapeaux, dont celui du Vatican, permettent de faire des liens avec le patrimoine immatériel. Dans le cadre du projet, des enquêtes orales permettront de recueillir la mémoire vivante des insulaires. On recensera aussi des savoir-faire liés aux objets ou des pratiques liées au culte.

«Même si la pratique religieuse décline et, par conséquent, les pratiques rituelles et culturelles qui y sont rattachées, un certain nombre de pratiques subsistent, transmises de génération en génération et encore vivantes, comme le chant liturgique, soutient Laurier Turgeon. Dans ce sens, nous avons commencé à faire des entrevues filmées. Dans l’une d’elles, une nonagénaire de Saint-François parle de la vie paroissiale du temps de sa jeunesse. Une autre témoigne de ses activités à l’église de Saint-Laurent, comme le montage, depuis plusieurs années, de la crèche de Noël.»

Le travail d’inventaire se poursuivra cet automne et pendant l’hiver et l’été prochains jusqu’à ce que l’ensemble des biens mobiliers, des archives et des imprimés des églises de l’île soit recensé. Les fiches seront enrichies d’informations tirées d’ouvrages spécialisés et des enquêtes orales auprès d’informateurs sur l’île ou ayant habité l’île. Une exposition temporaire présentera des résultats de l’inventaire dans une église de l’endroit au cours de l’année prochaine. Le LEEM créera également un site Web qui contiendra des documents textuels, iconographiques, sonores et vidéo produits sur le terrain. Le site hébergera aussi une exposition virtuelle. En mai prochain, le professeur Turgeon animera une école d’été internationale, à l’île d’Orléans, sur la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine religieux de l’endroit.

Le projet d’inventaire du patrimoine religieux de l’île d’Orléans est financé, entre autres, par le MCCQ et le diocèse de Québec. Pour plus d’information sur le matériel patrimonial versé à ce jour dans le site du Ministère.

 

Sandra Zapata

Photo: Sandra Zapata. Ce boîtier en argent renfermait le saint chrême, une sainte huile utilisée dans le baptême, la confirmation et l’ordination. Il provient de l’église de Saint-Laurent. Il a été fabriqué en 1823 par l’orfèvre de Québec Laurent Amyot.

Océane Romano

Photo: Océane Romano. Benoit Vaillancourt et Sandra Zapata, du LEEM, inventorient un ostensoir à l’église de Saint-Laurent.

Église de la paroisse de Saint-Laurent de l'Île d'Orléans

L’église de la paroisse de Saint-Laurent. Elle se distingue par son nombre élevé de vêtements liturgiques anciens.

Photo: Pierre Lahoud

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