Pourra-t-on un jour déterminer un an à l’avance l’ampleur du déclin des capacités d’une personne souffrant d’un déficit cognitif léger à partir d’une image de son cerveau? Le défi semble audacieux, mais Simon Duchesne, de la Faculté de médecine, est sur une piste prometteuse. Chose certaine, pareil outil serait une bénédiction pour intervenir plus adéquatement auprès de personnes chez qui on soupçonne un début de démence attribuable à une maladie neurodégénérative comme l’alzheimer. «Même si la moitié des gens qui souffrent de déficit cognitif léger développeront une démence dans les cinq années qui suivent, ils ne sont pas considérés comme des malades, précise-t-il. Il faut malheureusement attendre que leur état se détériore avant de leur prescrire des médicaments, ce qui n’est pas l’idéal.»
   
Le professeur Duchesne, qui mène ses travaux au Centre de recherche Université Laval-Robert Giffard, Louis Collins, de l’Université McGill, et trois chercheurs italiens, Anna Caroli, Cristina Geroldi et Giovanni Frisoni, présentent les détails de leur méthode prédictive dans un récent numéro de la revue scientifique NeuroImage. Cette méthode repose sur une analyse quantitative sophistiquée des images d’une région du cerveau — le lobe temporal médian — qui joue un rôle fondamental dans la mémoire et les émotions. Grâce à des images prises par résonance magnétique nucléaire, il est possible de caractériser la forme, la taille et la densité des structures anatomiques qui s’y trouvent. L’hypothèse des chercheurs est que les changements neuropsychologiques ou neurologiques qui surviennent au fil du temps ont un corollaire morphologique qui peut servir à prédire l’évolution d’un cas.
   
Les chercheurs ont bâti leur modèle à partir d’images prises chez un groupe de référence de 75 patients qui avaient reçu un diagnostic de probabilité d’alzheimer léger ou modéré et chez un groupe témoin composé de 75 sujets normaux. Ces images leur ont permis de créer un «espace multidimensionnel propre à la maladie», reposant sur 292 caractéristiques des images du cerveau. Ils ont ensuite recruté 49 sujets souffrant de déficit cognitif léger à qui ils ont fait passer un test standard de capacités cognitives (le mini mental state examination ou MMSE), en plus de réaliser des images de leur cerveau. Un an plus tard, les sujets ont été soumis au même test cognitif et l’ampleur du changement dans leur score a été mise en lien avec les images prises un an plus tôt. En transposant les caractéristiques de ces images dans l’espace multidimensionnel propre à la maladie, les chercheurs ont mis la main sur 25 variables grâce auxquelles ils parviennent à prédire, avec une relative certitude, l’évolution des capacités cognitives d’un patient.
   
Simon Duchesne reconnaît que la valeur prédictive de cette méthode est encore imparfaite et qu’il est trop tôt pour l’utiliser en clinique. «On pourrait sans doute l’améliorer en recourant à un test plus spécifique que le MMSE aux premières manifestations de l’alzheimer», croit-il. Selon le chercheur, une version peaufinée du modèle pourrait éventuellement faire partie du suivi accordé aux personnes qui montrent des signes de déficit cognitif léger. «Notre approche pourrait contribuer à mieux cibler les personnes qui profiteraient d’une intervention thérapeutique précoce. Avec le vieillissement de la population, on parle ici d’un nombre grandissant de personnes.»