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Volume 53, numéro 28 | 31 mai 2018

À la une

Incursion dans le monde de l’Apis mellifera

Une nouvelle exposition de la Bibliothèque propose un parcours digne d'intérêt consacré à un insecte pour le moins fascinant, l'abeille domestique

Par Yvon Larose

«On associe toujours l’abeille au miel, une activité un peu artisanale, explique Pierre Giovenazzo, professeur au Département de biologie et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement en sciences apicoles. Or, l’abeille domestique est un acteur essentiel pour la pollinisation de fruits et de légumes. Au Québec, le bleuet, la canneberge, la pomme, la courge, le concombre et le cantaloup, entre autres, doivent beaucoup à cet insecte.»

L’action de l’abeille est responsable de près du tiers des aliments que l’on trouve dans notre assiette. En plus de transporter des grains de pollen durant ses déplacements de butinage, l’abeille domestique rapporte à la ruche le nectar des plantes visitées, une substance sucrée qui sert à l’élaboration du miel.

Le professeur Giovenazzo est à l’origine de l’exposition Lune de miel – L’apiculture au Québec, dont il a supervisé la réalisation. Cette passionnante incursion dans le monde des abeilles domestiques a été lancée il y a quelques semaines et se poursuivra jusqu’au 5 octobre. Elle comprend deux parties déployées à deux endroits du campus. Au pavillon Jean-Charles-Bonenfant, l’exposition met l’accent sur l’histoire de l’apiculture au Québec, de même que sur le métier d’apiculteur. Au pavillon Alexandre-Vachon, elle met en valeur la biologie de l’abeille et la recherche en sciences apicoles.

L’exposition présente les outils de l’apiculteur, des ruches, une maquette d’abeille, des miels et des produits dérivés de la ruche comme la cire ou la gelée royale. Il y aussi des livres anciens et des vidéos de familles d’apiculteurs qui témoignent de leur passion, de leur parcours, de leurs défis. «L’abeille fait un peu partie de notre culture, souligne le professeur. Elle a été introduite d’Europe au Massachusetts au 17e siècle. La ville de Québec en signale en 1805. En 1844, les apiculteurs du Bas-Canada possédaient plus de 7 800 colonies d’abeilles. Il y aurait tellement de choses à en dire. Pensons seulement aux miels Labonté produits sur trois ou quatre générations. Cela mériterait un livre!»

L’abeille domestique mesure de 1 à 1,5 centimètre. Ses poils sont courts et noirs, avec des rayures jaune-brun. La tête de l’insecte comprend notamment le proboscis, qui permet la succion du nectar des fleurs. Trois paires de pattes et deux paires d’ailes sont rattachées au thorax. Au niveau de l’abdomen, le dard sert à éloigner les prédateurs.

Ces insectes vivent en colonie et coopèrent. Une colonie comprend une reine, quelques dizaines de milliers de femelles infertiles, les ouvrières, et quelques milliers de mâles, les faux bourdons. Le développement de la reine, de l’ouvrière et du mâle prend respectivement 16, 21 et 24 jours. Une reine vit en moyenne de deux à trois ans. Chaque jour, en saison apicole estivale, elle peut pondre plus de 1 600 œufs. Durant cette période de l’année, une colonie peut atteindre plus de 60 000 individus.

Au nombre de quelques centaines, les apiculteurs québécois gèrent quelques dizaines de milliers de colonies d’abeilles. Ceux-ci modifient leurs activités au gré des saisons. L’hiver, certains laissent leurs colonies dehors, en les isolant pour les protéger du froid. D’autres font hiverner leurs colonies à l’intérieur. Au printemps, la première miellée débute habituellement avec le pissenlit et les arbres fruitiers. Aux dix jours environ, l’apiculteur inspecte ses colonies. Ces dernières grossissent rapidement et peuvent manquer de place. En septembre, l’apiculteur retire le miel des ruches. Le sirop de sucre qu’il leur fournit est alors transformé en «miel» par les abeilles qui s’en nourriront pendant l’hiver.

Les colonies d’abeilles ont de nombreux ennemis qui nuisent à leur développement, à leur productivité et à leur survie. Telle bactérie cause une maladie contagieuse, tel champignon est la cause d’une maladie fongique. Un petit acarien affaiblit la colonie en se nourrissant de l’hémolymphe des abeilles adultes. À ce jour, 18 virus font partie des ennemis potentiels des colonies.

En plus des organismes nuisibles et des maladies, les colonies d’abeilles subissent l’effet des pesticides employés sur les grandes cultures. Elles subissent aussi les conséquences du manque de biodiversité et d’abondance florales. La ponte défaillante de certaines reines constitue un autre problème. Aider les abeilles passe par la réduction de l’utilisation des pesticides et une augmentation de la culture de plantes mellifères.

Sur le plan de la recherche, l’Université Laval mène des projets sur les besoins nutritionnels et sur la sélection génétique de l’abeille domestique. «La sélection génétique est au cœur de mon programme de recherche, explique Pierre Giovenazzo. Les abeilles sont très malléables sur le plan génétique. Certaines sont plus productives. D’autres sont plus douces. Certaines, plus rustiques, sont capables de survivre à l’hiver canadien. Au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD), une unité de recherche affiliée à l’Université Laval, entre 120 et 150 colonies sont mises à contribution dans le programme de sélection génétique.»

Fin août 2017, 10 ruches d’abeilles domestiques, fortes chacune d’environ 20 000 insectes, ont été installées dans le secteur nord-ouest du campus. Deux des colonies occupent un espace clôturé au Jardin universitaire Roger-Van den Hende pour le volet pédagogique du projet. Les huit autres ruches, également dans un espace clôturé, jouent un rôle dans l’enseignement et la recherche. «Les abeilles ont bien survécu à l’hiver avec une mortalité normale, dit-il. Elles ont repris leurs activités sous l’œil attentif de ma collègue Valérie Fournier, de moi-même et d’une équipe du CRSAD. Les reines pondent allègrement.»

L’exposition Lune de miel – L’apiculture au Québec se tient jusqu’au 5 octobre dans deux espaces, soit la salle d’exposition du 4e étage du pavillon Jean-Charles-Bonenfant et la salle Alcan du pavillon Alexandre-Vachon. Les heures d’ouverture sont de 8 h à 21 h, du lundi au vendredi, jusqu’au 24 juin. L’horaire d’été sera de 8 h à 19 h. L’exposition sera également présentée en septembre 2019 à Montréal à l’occasion du 46e Congrès international d’apiculture.


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Photo : Mélissa Girard

Les apiculteurs québécois gèrent quelques dizaines de milliers de colonies d'abeilles. Ici, l'apiculteur Réjean Côté.

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Ces insectes vivent en colonie et coopèrent. Une colonie comprend une reine, quelques dizaines de milliers d’ouvrières et quelques milliers de faux bourdons.

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Photo : Pub Photo

On trouve, dans la ruche, plusieurs produits recherchés, comme le miel, la cire, le pollen, la propolis, la gelée royale et le venin.

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Photo : Pub Photo

L'exposition Lune de miel – L'apiculture au Québec présente notamment des ruches, des livres anciens et des vidéos de familles apicultrices.

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Photo : Pub Photo

Une maquette de bonnes dimensions permet de mieux comprendre l'anatomie de l'abeille domestique.

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Grande productrice de miel, l'abeille domestique est aussi l'un des plus importants pollinisateurs de la planète.

Photo: Mélissa Girard

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