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Volume 53, numéro 17 | 1 février 2018

À la une

Inflammation et furie

Des chercheurs démontrent le rôle des plaquettes dans des défaillances physiques majeures et dans les maladies auto-immunes

Par Jean Hamann

Une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) par des chercheurs de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval démontre que les plaquettes jouent un rôle beaucoup plus important que ce qu’on croyait dans la réponse immunitaire du corps humain. Les travaux de cette équipe laissent entrevoir de nouvelles approches pour traiter les patients en état de choc circulatoire à la suite d’infections bactériennes ou virales ou encore d’allergies aiguës ainsi que les personnes atteintes de maladies auto-immunes comme l’arthrite rhumatoïde ou le lupus.

Les plaquettes sont bien connues pour leur rôle dans la coagulation du sang et dans la cicatrisation. «Par contre, il y a une méconnaissance de leur rôle dans la réponse immunitaire en absence de blessure ou de saignement, par exemple lorsque des virus, des bactéries, des toxines ou des allergènes entrent dans la circulation sanguine», explique le responsable de l’étude, Éric Boilard.

Lorsqu’un corps étranger apparaît pour la première fois dans l’organisme, il entraîne la formation d’anticorps, rappelle le chercheur. Lors des rencontres subséquentes avec ce corps étranger, ces anticorps viennent rapidement s’y coller, formant des complexes antigène-anticorps qui enclenchent une réponse inflammatoire. Cette réponse est importante pour éliminer l’envahisseur, mais elle peut être démesurée lorsque le nombre de pathogènes est élevé. «De plus, lorsque les antigènes sont des molécules produites par la personne elle-même, comme c’est le cas pour l’arthrite ou le lupus, les complexes sont présents en permanence et il s’ensuit un état inflammatoire chronique qui endommage les tissus», précise le professeur Boilard.

Les plaquettes sont les éléments les plus abondants du sang et elles possèdent des récepteurs qui reconnaissent les complexes antigène-anticorps. C’est ce qui a amené le professeur Boilard et ses collaborateurs à les soupçonner de participer au processus inflammatoire systémique en absence de blessure. Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont produit dans le sang de souris des complexes antigène-anticorps à l’aide d’un virus, d’une toxine bactérienne et d’une protéine allergène.

Les résultats ont été similaires dans les trois cas: les souris ont montré les symptômes classiques de l’état de choc septique ou anaphylactique, soit une baisse de température corporelle, des tremblements, une altération des fonctions cardiaques, une vasodilatation et une perte de conscience. «Nous avons refait ces tests avec des souris chez qui nous avions éliminé presque toutes les plaquettes ainsi qu’avec des souris dépourvues de récepteurs des complexes antigène-anticorps sur les plaquettes. Ces souris n’ont eu aucune réaction physiologique. Cela démontre clairement le rôle clé des plaquettes dans le processus, souligne Éric Boilard. Ce sont les plaquettes, et non les globules blancs, qui sont les premiers acteurs à entrer en scène dans la réponse immunitaire.»

Les chercheurs ont établi que l’état de choc des souris résultait de la libération de sérotonine par les plaquettes. «Il s’agit de la même molécule que le neurotransmetteur du cerveau, mais celle retrouvée dans les plaquettes est produite par des cellules de l’intestin. Les plaquettes stockent la sérotonine – elles renferment 90% de toute la sérotonine du corps – et elles la libèrent dans certaines conditions», précise le chercheur.

L’étude a aussi démontré que, contrairement à l’idée reçue, les plaquettes ne sont pas éliminées après avoir libéré leur contenu. «Elles se réfugient temporairement dans le cerveau et dans les poumons, ce qui explique peut-être pourquoi le taux de plaquettes est très bas chez les gens en état de choc circulatoire. Les plaquettes regagnent la circulation sanguine par la suite, mais nous ignorons leur rôle dans cette deuxième vie.»

L’une des implications cliniques de cette étude est que la transfusion de plaquettes aux patients en état de choc circulatoire pourrait aggraver leur état en augmentant la quantité de sérotonine dans le sang. «La transfusion demeure importante, mais pour prévenir un nouvel apport de sérotonine, il faudrait bloquer le récepteur du complexe antigène-anticorps sur les plaquettes avant la transfusion», suggère Éric Boilard.

Le chercheur évalue maintenant le rôle du récepteur des complexes antigène-anticorps des plaquettes dans les maladies comme l’arthrite et le lupus. «Ce récepteur n’intervient pas dans la prévention des saignements. On pense qu’en le bloquant, on pourrait améliorer l’état des malades sans affecter les autres fonctions des plaquettes», avance-t-il.

L’étude parue dans PNAS est signée par 24 chercheurs. Les signataires de l’Université Laval sont Nathalie Cloutier, Isabelle Allaeys, Geneviève Marcoux, Benoit Mailhot, Anne Zufferey, Tania Lévesque, Yann Becker, Nicolas Tessandier, Imène Melki, Guy Poirier, Louis Flamand, Steve Lacroix, Paul Fortin et Éric Boilard.

Dennis Kunkel Microscopy / Science Photo Library

Vu leur abondance, les plaquettes, en jaune, sont les éléments du sang les mieux placés pour réagir rapidement à la présence de corps étrangers comme des bactéries, en bleu. Lorsque le nombre d'envahisseurs est élevé, la réponse des plaquettes peut être démesurée et entraîner un état de choc circulatoire.

Photo: Dennis Kunkel Microscopy / Science Photo Library

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