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Volume 49, numéro 8 | 17 octobre 2013

À la une

Internet à la rescousse des insomniaques

Un traitement en ligne contre l'insomnie donne des résultats prometteurs

Par Jean Hamann

Certaines personnes passent tellement de temps sur Internet qu’elles ne dorment pratiquement pas. Se pourrait-il, à l’inverse, que des gens qui peinent à dormir puissent trouver une solution à leur problème sur ce même réseau? Selon une étude qui vient de paraître dans le Journal of Clinical Psychology, une intervention en ligne pour traiter l’insomnie pourrait non seulement améliorer le sommeil des insomniaques, mais elle pourrait aussi atténuer les répercussions psychologiques qui accompagnent souvent ce trouble du sommeil.

Charles Morin, de l’École de psychologie, et cinq chercheurs de l’University of Virginia Health System ont recruté 44 personnes qui souffraient d’insomnie depuis au moins six mois. Dans un premier temps, ils leur ont demandé de remplir, pendant dix jours, un journal en ligne décrivant la qualité et la durée de leur sommeil nocturne. Les sujets devaient également remplir un questionnaire évaluant leur état de santé psychologique. Ils étaient ensuite assignés aléatoirement au groupe expérimental qui recevait le traitement en ligne ou au groupe témoin. Neuf semaines plus tard, les participants devaient remplir les mêmes questionnaires qu’au départ.

Le traitement mis à l’essai, qui a pour nom SHUTi (Sleep Healthy Using the Internet), repose sur les travaux menés depuis trois décennies par Charles Morin et ses collaborateurs. Il s’agit d’une approche cognitivo comportementale qui, dans certains cas, peut remplacer ou complémenter la prise de somnifères. Dans un groupe de 100 personnes qui suivent cette thérapie en personne, de 50 à 60 obtiennent une rémission et de 20 à 25 répondent partiellement au traitement.

Les chercheurs ont mis au point une version en ligne de cette thérapie. L’intervention mise, d’une part, sur un changement des croyances liées au sommeil, par exemple qu’il est nécessaire de dormir huit heures chaque nuit pour être en forme et en santé. D’autre part, elle vise à instaurer des habitudes de vie propices au sommeil telles qu’aller se coucher uniquement lorsqu’on se sent fatigué, utiliser le lit exclusivement pour dormir, se lever si le sommeil ne vient pas après 20 minutes, sauter du lit à la même heure chaque matin, peu importe le nombre d’heures dormies la nuit précédente.

L’analyse des réponses fournies par les participants qui ont suivi le traitement en ligne indique que 95% d’entre eux ont noté une amélioration de leur sommeil et de leur qualité de vie. De plus, 90% ont jugé que l’intervention était efficace et ils estimaient qu’elle leur apporterait des bienfaits durables. Le traitement en ligne a aussi eu des effets bénéfiques sur les niveaux de dépression, d’anxiété, de fatigue et de qualité de vie liée à la santé mentale.

Internet ouvrirait donc de nouveaux horizons à cette thérapie qui, malgré son efficacité, tarde à faire son chemin en milieu clinique. En effet, les médecins ont le réflexe d’aller au plus court en prescrivant des somnifères à leurs patients insomniaques. Par ailleurs, le nombre de psychologues en mesure de prodiguer ce traitement en personne est limité. «Dans la région de Québec, on peut les compter sur les doigts de la main, estime Charles Morin. Offrir une version en ligne de cette thérapie constitue donc un moyen efficace de la rendre accessible au plus grand nombre.»

À cette fin, les chercheurs ont eux-mêmes créé une entreprise qui offre, pour une somme abordable, ce service en ligne. «Ce n’est pas nécessairement pour tout le monde, prévient toutefois le professeur Morin. Cet outil s’adresse à des gens qui sont à l’aise avec les outils Internet et qui sont très motivés à changer leurs habitudes de vie. Ça ne remplacera pas un psychologue pour les cas récalcitrants d’insomnie.»

Marc Robitaille

Compter des moutons en ligne ne suffira pas à régler votre problème d'insomnie. L'outil proposé par Charles Morin et ses collaborateurs est l'adaptation Web d'une thérapie peaufinée au fil de trois décennies de recherche.

Photo: Marc Robitaille

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