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Volume 52, numéro 19 | 16 février 2017

Vie étudiante

Jardiner dans le Nord!

Un étudiant de l'Université Laval souhaite développer un système de culture mobile pour mieux nourrir les populations nordiques du Québec

Par Brigitte Trudel

Faire pousser des fraises, des laitues et des concombres dans le Grand Nord avec l’aide de… poissons dans un conteneur. L’idée semble farfelue? Pas pour Benjamin Laramée. Depuis l’automne dernier, ce doctorant en sciences animales, assisté par des membres de l’association étudiante AgroCité dont il est le directeur en recherche et développement, élabore ce projet en complément de sa thèse. «Après avoir entendu des chiffres alarmants sur la précarité alimentaire vécue par certaines communautés autochtones, j’ai pensé que l’aquaponie pouvait devenir une solution», explique-t-il.

Benjamin Laramée se spécialise dans cette technologie qui consiste à combiner l’élevage d’organismes aquatiques avec la culture végétale hors sol pour former un système où plantes et poissons croissent de manière autonome. «On n’a qu’à nourrir les poissons. En digérant, ils produisent des déchets qui, à l’aide d’un biofiltre, sont convertis en nutriments pour les plantes. Les plantes, elles, contribuent à assainir l’eau qu’on peut ensuite réutiliser à 100%», décrit-il.

Concrètement, les tests qu’effectuent Benjamin Laramée et son équipe ont lieu dans un bâtiment situé sur les terrains du Jardin botanique Roger-Van den Hende. La Ferme aquaponique mobile (FAM) est constituée de deux conteneurs métalliques superposés. À l’étage du bas se trouvent les poissons, tandis que les cultures végétales occupent celui du haut. Benjamin Laramée a largement contribué au développement de cette structure prêtée par l’entreprise montréalaise Écosystèmes alimentaires urbains (ÉAU), pour laquelle il travaille. «Comme la FAM a été conçue au départ pour être utilisée en zone urbaine, l’essentiel de notre tâche actuelle consiste à travailler à son isolation afin de l’adapter au climat rigoureux du Nord», précise-t-il.

Le professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation Grant Vandenberg, qui supervise la thèse de Benjamin Laramée et le soutient dans son initiative, ajoute que l’alimentation énergétique de la FAM fera aussi partie des défis à relever pour lui assurer le meilleur rendement à moindres frais. «En ce moment, la FAM fonctionne à l’électricité, dont le coût dans le Nord est 40 fois plus élevé qu’ici. Il faudra pallier cette contrainte en explorant le recours à d’autres modes d’alimentation comme l’énergie solaire, l’énergie éolienne et la géothermie.»

S’ajoute à ces démarches la recherche de subventions, un processus de longue haleine, indique Grant Vandenberg. Le chercheur est néanmoins convaincu de la faisabilité et de la pertinence du projet, tout comme son étudiant. «La FAM est très avantageuse en raison de ses faibles répercussions environnementales, fait valoir Benjamin Laramée. D’abord, parce qu’elle est construite à partir de conteneurs maritimes récupérés. Ensuite, parce qu’étant donné que l’eau est réutilisée, il n’y a pas de gaspillage de cette ressource. Finalement parce que, comme la culture fonctionne en système autonome, elle n’entraîne aucune déjection dans l’environnement.»

La mobilité de la structure représente un autre avantage de la FAM, ajoute le professeur Vandenberg. Plus encore, soutient-il, c’est surtout la somme des possibilités qu’elle ouvre pour le mieux-être des communautés du Nord qui en fait un projet porteur. «Plusieurs d’entre elles sont aux prises avec des problèmes liés à la santé, au manque d’emplois et à un taux de suicide élevé. Au-delà des bienfaits liés à l’accessibilité alimentaire à un prix raisonnable, la FAM peut servir de vitrine pour se pencher sur ces problèmes sociaux.»

Le perfectionnement de la structure de même que les essais relatifs à la production de la FAM (quantité et variété des cultures) devraient s’échelonner sur deux ans. À l’heure actuelle, l’unité accueille de la perchaude, des fraises, du chou kale, des tomates, du concombre et de la laitue. Toutefois, rien n’empêche la culture d’autres espèces. «Le but, c’est d’arrimer la FAM aux besoins des communautés autochtones. Des discussions ont déjà eu lieu avec certains de leurs représentants. Il en ressort que l’omble chevalier, un poisson traditionnellement très prisé, pourrait éventuellement faire l’objet de nos recherches», relate Benjamin Laramée. Une fois les opérations sur le campus achevées, le transport de la FAM en territoire nordique pourra être envisagé.


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Benjamin Laramée, étudiant au doctorat en sciences animales, et Antoine Plourde Rouleau, stagiaire à la Ferme aquaponique mobile, veulent outiller les populations nordiques afin qu’elles produisent une plus grande variété d’aliments.
Photo: Marc Robitaille

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La Ferme aquaponique mobile est constituée de deux conteneurs métalliques superposés. À l'étage du bas se trouvent les poissons, tandis que les cultures végétales occupent celui du haut.

Photo: Marc Robitaille

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