Les jeunes catholiques n’assistent peut-être plus à la messe du dimanche (à peine 5% le faisaient en 2000, selon des statistiques), mais cette désertion ne signifie pas pour autant qu’ils ont cessé toute pratique religieuse ou encore que la religion ne les intéresse pas. Au lieu des grands temples, ils privilégient des lieux plus conviviaux et intimes pour discuter, un peu à la manière des militants politiques lors d’assemblées de cuisine. Seule différence: ils se réunissent pour partager autour d’un texte biblique et non pour parler de politique…  Il arrive aussi que des petites communautés et des groupes de réflexion se forment, avec pour seul but de permettre aux membres de vivre leur foi et de se sentir moins isolés.   

Ce sont ces exemples que donne Jean-Philippe Perreault, titulaire de la nouvelle Chaire de leadership en enseignement (CLE) Jeunes et religions, pour montrer que la foi catholique n’est pas éteinte chez les jeunes, contrairement à ce qu’on serait porté à croire. Les objectifs de cette chaire, inaugurée ce 2 avril, visent à mieux comprendre les rapports que les jeunes âgés entre 12 et 30 ans entretiennent avec les traditions religieuses, en particulier celles du christianisme. De plus, on souhaite explorer l’univers culturel, spirituel et religieux des jeunes. Quatorze congrégations religieuses de la région de Québec se sont associées à ce projet mis sur pied par la Faculté de théologie et de sciences religieuses. L’appui financier de ces congrégations s’élève à 325 000$, répartis sur les cinq prochaines années. 

«Le rapport des jeunes à la religion est un indicateur de l’état d’une société», dit Jean-Philippe Perreault, nouveau professeur à cette faculté. En effet, on peut se demander ce qui se cache au-delà de l’intérêt ou du désintérêt pour la religion. S’agit-il d’une réelle indifférence? Comment les jeunes reçoivent-ils et s’approprient-ils l’héritage religieux qu’on veut leur transmettre? «Qu’ils soient éloignés ou proches des traditions religieuses, ils cherchent tous la même chose, au fond: être heureux et s’épanouir.»

Selon Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses, l’originalité de cette nouvelle chaire est qu’elle abordera la question à partir du point de vue de la réception. «La Faculté a déjà une chaire de leadership en enseignement qui porte sur l’éducation de la foi, souligne-t-il. Nous trouvions qu’il était important d’examiner, cette fois, par quels chemins les jeunes reçoivent les héritages religieux.» Quant à la désaffection des jeunes pour la religion, il faudrait vivre sur la planète Mars pour ne pas s’en rendre compte. Mais une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’on a tout dit?, s’interroge le doyen. «Des enquêtes montrent que ce n’est pas parce qu’on ne trouve pas les jeunes dans les églises qu’ils n’ont pas de pratiques religieuses ou des pratiques qui s’y apparentent.»

Au chapitre des retombées, cette nouvelle chaire de leadership en enseignement devrait permettre à la Faculté d’assurer, à travers tout le Québec, la formation de personnes désireuses d’intervenir dans le domaine de la formation spirituelle et religieuses des jeunes. Elle rendra aussi possible la mise en oeuvre d’approches novatrices, notamment des stages d’observation et d’intervention et des recherches inédites sur l’univers spirituel et religieux des jeunes.