Certains dispositifs installés aux abords des routes pour empêcher les mammifères de finir leurs jours sous les roues d’un véhicule ont parfois des répercussions fâcheuses. Ainsi, le risque de mortalité des mammifères serait plus élevé dans les sections situées aux extrémités de ces dispositifs que dans les sections non clôturées de la route 175, révèle une étude qui vient de paraître dans le Journal of Environmental Management.

Judith Plante et Jochen A. G. Jaeger, de l’Université Concordia, et André Desrochers, du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval et du Centre d’étude de la forêt, arrivent à ce constat après avoir analysé le risque de mortalité des mammifères de petite taille et de taille intermédiaire dans les zones clôturées ou non clôturées de la route qui traverse la réserve faunique des Laurentides.

Entre 2012 et 2015, les chercheurs ont réalisé 306 inventaires sur un tronçon de 69 kilomètres de cette route empruntée par plus de 7 500 véhicules quotidiennement pendant la saison estivale. Leurs travaux ont permis d’inventorier et de géolocaliser les carcasses de 893 mammifères, dont 787 étaient en assez bon état pour qu’ils puissent identifier de quelle espèce il s’agissait.

Le porc-épic d’Amérique est de loin l’espèce dont la prévalence est la plus élevée parmi les victimes de la route 175. Le renard roux, la marmotte commune, la moufette rayée, le lièvre d’Amérique et le raton laveur figurent également parmi les autres espèces les plus touchées.

Les chercheurs ont calculé le risque de mortalité par tronçons de 100 mètres dans la zone d’étude, incluant les 18 sections où un dispositif clôturé avait été installé. Chacun de ces dispositifs est constitué d’une clôture de 100 m de longueur et 90 cm de hauteur qui rabat les animaux vers un passage central – comme un entonnoir – conduisant à un tunnel permettant à la faune de traverser de façon sécuritaire.

Leurs analyses montrent que la mortalité est 43% plus élevée dans les 200 premiers mètres situés aux extrémités des dispositifs clôturés que dans les zones où il n’y a pas de dispositif pour protéger la faune. «Cette hausse de mortalité serait due au fait qu’une partie des animaux longent les clôtures vers les extrémités plutôt que de se diriger vers le passage central. Pour réduire la mortalité, il faudrait allonger ces clôtures», propose André Desrochers.

La longueur optimale de ces clôtures reste toutefois à déterminer. «Il faudrait mesurer le taux d’utilisation des passages en fonction de différentes longueurs de clôture tout en tenant compte des coûts d’installation et d’entretien, explique-t-il. Ce ne serait pas forcément la meilleure utilisation des fonds publics en conservation, vu l’existence de problèmes plus urgents, du moins, aux yeux de la population.»

Mais pourquoi au juste tous ces animaux se risquent-ils à traverser une autoroute pour se retrouver dans un milieu qui, à l’œil humain du moins, est en tout point pareil à celui qu’ils viennent de quitter? «Il se peut que le territoire de certains animaux soit malencontreusement sectionné par la route, mais il est plus probable que ces traversées soient le résultat de la dispersion des juvéniles ou de la dispersion reproductrice, répond le professeur Desrochers. À moins d’installer une barrière infranchissable en bordure de la route, il est impossible de réduire à néant la traversée des animaux.»