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Volume 53, numéro 6 | 5 octobre 2017

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La guerre des micromondes

Des chercheurs font appel à des virus pour combattre une bactérie qui s'attaque aux salmonidés

Par Jean Hamann

Une première étape vers la mise au point d’un nouveau traitement contre une maladie qui s’attaque aux élevages de salmonidés vient d’être franchie par une équipe du Département de biochimie, de microbiologie et de bio-informatique. Ce traitement vise à détruire la bactérie Aeromonas salmonicida, sous-espèce salmonicida, qui cause la furonculose, en faisant appel à ses ennemis naturels, des phages.

La furonculose cause une infection généralisée chez les truites, les ombles et les saumons. «Cette maladie est rare en nature, mais elle est fréquente dans les piscicultures, commente le responsable de l’étude, Steve Charette. Les fortes densités de poissons favorisent sa propagation et un épisode de furonculose peut décimer jusqu’à 90% des jeunes truites d’un élevage. Les pisciculteurs québécois estiment que cette maladie est l’un des principaux obstacles au développement de leur secteur.»

Pour l’instant, il existe deux solutions pour lutter contre la furonculose. La première, la vaccination, est coûteuse et exigeante sur le plan logistique puisqu’il faut administrer deux doses du vaccin à chacun des milliers de poissons d’un élevage. La seconde, l’antibiothérapie, a ses limites étant donné que chaque antibiotique n’est efficace que contre certaines souches du pathogène et que des souches résistantes ont fait leur apparition. «Les gènes de résistance se trouvent sur des plasmides qui peuvent être transférés entre bactéries. L’un de ces plasmides confère une résistance à tous les antibiotiques vendus contre la furonculose, précise Steve Charette. On sait aussi qu’un usage intensif d’antibiotiques peut accentuer le problème de résistance.»

C’est ce qui a donné l’idée au professeur Charette et à ses collaborateurs, Antony Vincent, Valérie Paquet, Alex Bernatchez, Denise Tremblay et Sylvain Moineau, d’explorer la filière de la phagothérapie. Cette approche consiste à faire appel à des virus qui infectent naturellement les bactéries pour se multiplier et qui, en bout de course, tuent leur hôte. Dans une étude publiée par la revue Scientific Reports, les chercheurs rapportent les conclusions des analyses qu’ils ont effectuées sur 18 phages qui infectent A. salmonicida. Du nombre, ils en ont trouvé 3 qui se révèlent particulièrement efficaces contre un large éventail de souches de cette bactérie. «Nous pensons qu’un cocktail réunissant ces trois phages constitue un traitement prometteur contre la furonculose, avance Steve Charette. De plus, il est peu probable que la bactérie soit en mesure de développer une résistance lorsqu’elle est attaquée simultanément sur plusieurs fronts.»

Les chercheurs entendent maintenant étudier le comportement de ces phages dans des conditions reproduisant l’environnement d’une pisciculture. Les tests sur les poissons sont toutefois en suspens étant donné que les expériences impliquant des pathogènes aquatiques doivent respecter des règles de confinement très strictes et qu’il n’existe pas d’installations qui répondent à ces exigences au Québec. «Nous avons entrepris des discussions avec des chercheurs américains qui disposent d’un laboratoire adéquat, souligne le professeur Charette. Nous souhaitons être en mesure de tester notre cocktail de phages le plus tôt possible dans l’espoir d’offrir aux pisciculteurs québécois un nouveau traitement pour combattre la furonculose.»

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Un cocktail contenant les trois phages repérés par les chercheurs pourrait constituer un traitement efficace contre la furonculose.
Photo: Denise Tremblay

 

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La furonculose est rare en nature, mais elle est fréquente dans les élevages de salmonidés. Les pisciculteurs québécois estiment que cette maladie est l'un des principaux obstacles au développement de leur secteur.

Photo: Eric Engbretson / U.S. Fish and Wildlife Service

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